Le mois de mars porte une mémoire particulière pour la Compagnie de Jésus en Afrique centrale. Deux dates s’y inscrivent comme des repères fondateurs : le 18 mars 1548, qui marque l’arrivée des premiers jésuites au Royaume du Kongo, et le 30 mars 1893, jour où une nouvelle équipe missionnaire atteint Boma pour fonder la Mission du Kwango. Cent trente-trois ans plus tard, ces anniversaires ne relèvent pas seulement du souvenir historique : ils invitent à raviver, pour aujourd’hui, le feu missionnaire qui continue d’animer la Province. Boma, 30 mars 1893 : une mission semée dans la foi Le jeudi saint 30 mars 1893, une équipe de trois jésuites posait le pied à Boma: il s’agit des Pères Émile Van Hencxthoven, supérieur de la mission de 1893 à 1902, Dumont, et du Frère Lombary. Leur arrivée n’était pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’un élan spirituel et apostolique longuement préparé. Quelques semaines auparavant, rapporte Mgr Fernand Mukoso (Cf. Les origines et les débuts de la Mission du Kwango (1879-1914), p. 76), le Père Van Hencxthoven avait lancé, en Europe, de véritables croisades de prière, invitant les fidèles à soutenir cette mission naissante par leurs intercessions et leurs bonnes œuvres. Dès l’origine, la Mission du Kwango apparaît ainsi comme une œuvre portée autant par la prière que par l’engagement apostolique. Ce premier groupe sera rejoint un mois plus tard par les Frères De Sadeleer et Justin Gillet, qui marquera durablement la région en fondant plus tard le célèbre jardin botanique de Kisantu; signe que l’annonce de l’Évangile s’est aussi accompagnée d’un travail patient au service du développement humain. Une mémoire plus ancienne : les premières missions au Royaume du Kongo Si la Mission du Kwango marque un tournant décisif, elle n’est pourtant pas la première présence jésuite en Afrique centrale. Dès le 18 mars 1548, sous le généralat de Saint Ignace de Loyola, quatre jésuites atteignent Mbanza Kongo, dans l’actuelle Angola, grâce à la médiation de l’ambassadeur Diogo Gomes, prêtre Kongo d’ascendance portugaise. Celui-ci entrera dans la Compagnie de Jésus en 1549 sous le nom de Cornelius Gomes, devenant probablement le premier jésuite africain de l’histoire (cf. Festo Mkenda, St. Ignatius’ interest for Africa – Kingdom of Kongo – The Society of Jesus). Cette première mission, bien que brève, ouvre une page importante de l’histoire missionnaire. Les jésuites quittent le Kongo en 1555, dans un contexte de tensions avec le roi Diogo Ier. Ils y reviendront vers le dernier quart du 16ᵉ siècle, où leur présence se prolongera pendant près d’un siècle, avant une nouvelle expulsion en 1674. Entre-temps, invités à Luanda, où les Portugais s’étaient également établis, ils y demeureront jusqu’à leur expulsion en 1759, à la suite des mesures prises par le marquis de Pombal contre la Compagnie dans les territoires portugais. Le retour en Afrique centrale et l’héritage d’une double fondation Avec la Mission du Kwango, la Compagnie de Jésus fait son retour durable dans ce qui constitue aujourd’hui la République démocratique du Congo. Il faudra cependant attendre octobre 1973 pour qu’elle reprenne officiellement sa présence en Angola. L’actuelle Province jésuite d’Afrique centrale (ACE), qui englobe la RDC et l’Angola, se comprend ainsi comme l’héritière de ces deux grands moments missionnaires : celui du 16ᵉ siècle, dans les premières tentatives d’évangélisation dans le Royaume du Kongo, et celui du 19ᵉ siècle, avec le grand élan missionnaire de la seconde évangélisation de l’Afrique profonde. Ces deux dates – le 18 mars et le 30 mars – inscrites au cœur du même mois, ne sont pas de simples repères chronologiques. Elles rappellent que la vocation jésuite est profondément missionnaire : une disponibilité à être envoyés « aux frontières », là où l’Évangile doit encore être annoncé, accueilli et incarné. Honorer la mémoire des pionniers et raviver aujourd’hui le feu missionnaire Faire mémoire de ces débuts, c’est aussi honorer les figures des pionniers de la mission, parmi lesquels figure le P. Émile Van Hencxthoven, dont nous célébrerons le 6 avril prochain le 120ᵉ anniversaire de la mort. Il s’éteint en 1906 à Wombali, au terme d’une vie donnée sans réserve à la mission. Son engagement, marqué par une foi audacieuse et une grande capacité d’initiative, témoigne de ce qu’a été, dès l’origine, la mission jésuite en Afrique centrale : une présence humble, souvent fragile, mais enracinée dans une confiance profonde en Dieu et dans un amour concret pour les peuples rencontrés. En célébrant ces anniversaires, la Province d’Afrique centrale ne se tourne pas seulement vers son passé. Elle est invitée à se laisser interpeller pour aujourd’hui. Le feu missionnaire qui animait les premiers compagnons ne relève pas d’une époque révolue ; il demeure le cœur battant de l’identité jésuite. Du Royaume du Kongo à la Mission du Kwango, des pionniers du 16ᵉ siècle aux jésuites d’aujourd’hui, une même histoire se déploie : celle d’un envoi, d’une présence et d’un service, entre fragilités indéniables et zèle ardent. Dans un contexte marqué aujourd’hui par de nouveaux défis – politiques, sociaux, culturels, écologiques et ecclésiaux – , cette mémoire appelle à renouveler la disponibilité, la créativité et le courage apostolique. La Compagnie de Jésus en Afrique centrale est appelée à continuer d’écrire cette histoire, non pas en répétant le passé, mais en laissant l’Esprit ouvrir des chemins nouveaux, au service de l’Évangile et des peuples auxquels elle est envoyée. Par Christian Kombe Lele, SJ
Voyage apostolique du Pape Léon XIV en Angola
Le 25 février 2026, le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a confirmé les premiers voyages apostoliques du Pape Léon XIV pour l’année en cours. Parmi eux, un déplacement en Angola est prévu du 18 au 21 avril, avec des étapes à Luanda, Muxima et Saurimo. Les déplacements du Souverain Pontife se déclinent sous deux formes distinctes. La visite pastorale concerne le diocèse de Rome, où le Pape exerce sa mission d’évêque. Le voyage apostolique, quant à lui, s’inscrit dans une dimension universelle, le conduisant dans différents pays à la rencontre des Églises locales. Le programme annoncé pour 2026 témoigne de cette ouverture : dix jours en Afrique (Algérie, Cameroun, Angola et Guinée équatoriale), une étape à Monaco et six jours en Espagne, notamment à Madrid, Barcelone et aux îles Canaries. Au-delà de leur dimension protocolaire, ces visites sont avant tout des moments de grâce pour les Églises particulières. Elles permettent au Pape de manifester sa proximité, d’encourager les fidèles et de les confirmer dans la foi. Elles sont également porteuses d’une mission plus large : promouvoir la paix, encourager le dialogue interreligieux et œcuménique, et rappeler l’attention constante de l’Église aux plus vulnérables. C’est dans cette perspective que les rencontres avec les migrants, les réfugiés ou encore les bénéficiaires des œuvres caritatives figurent régulièrement au cœur du programme pontifical. Ces visites expriment concrètement une Église en sortie, attentive aux réalités du monde et engagée au service de la dignité humaine. P. Avelino Chicoma Bundo Chico,directeur de cabinet au Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral Voir l’intégralité du programme: https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2026/03/16/0208/00394.html#fra
Visita apostólica de Sua Santidade Papa Leão XIV em Angola
A 25 de fevereiro, o Director da Sala de Imprensa da Santa Sé, Matteo Bruni, confirmou as primeiras viagens apostólicas do Papa Leão XIV para 2026. O Papa visitará Angola entre 18 e 21 de abril, nomeadamente Luanda, Muxima e Saurimo. As visitas papais podem assumir duas formas: visita pastoral ou viagem apostólica. A visita pastoral refere-se à deslocação do Papa a uma das paróquias da diocese de Roma, na sua qualidade de bispo desta. Por seu turno, a viagem apostólica é realizada a um ou vários países. O programa anunciado no dia 25 compreende dez dias em África (Argélia, Camarões, Angola e Guiné Equatorial), um dia no Mónaco e seis dias em Espanha (Madrid, Barcelona e Ilhas Canárias). Tanto a visita pastoral como a viagem apostólica constituem eventos significativos para a Igreja particular. Além de se reunir com a comunidade católica local para expressar proximidade, escuta e confirmação na fé, a visita visa promover a paz, o diálogo inter-religioso e o ecumenismo. O programa de visita de um Papa inclui sempre um contacto com as comunidades mais vulneráveis. Não é de admirar que os migrantes, os refugiados e as pessoas apoiadas pela Cáritas constem do programa da visita do Santo Padre. Pe. Avelino Chico, SJDirector do gabinete do Discatério para a o desenvolvimento Integral e humano Veja o programa completo: https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2026/03/16/0208/00394.html#por
Carême: Récollection des parents des jésuites à Bukavu
À l’approche des célébrations pascales, les parents des compagnons jésuites résidant à Bukavu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, se sont réunis pour un temps de récollection au Collège Alfajiri, le dimanche 15 mars 2026, quatrième dimanche de Carême, dit Laetare (« Réjouissez-vous! »). Plus qu’une simple rencontre, cette journée s’est donnée comme un moment de ressourcement spirituel, où les familles des nôtres, intimement liées à la vocation de leurs fils, ont été invitées à entrer plus profondément dans la dynamique de conversion propre au temps du Carême. Le Carême, un chemin de conversion et de recentrement Animée par le scolastique Albert Kasongo, SJ, en régence au Collège Alfajiri, la récollection a rassemblé, plus de vingt-cinq parents autour du thème : « Avec l’Église famille de Dieu, transformons-nous pour ressusciter avec le Christ ». L’animateur a aidé les participants à entrer dans le sens de cette démarche spirituelle. « Le Carême, a-t-il rappelé, n’est pas d’abord une succession de pratiques, mais un chemin intérieur de conversion, où chacun est appelé à reconnaître ses égarements et à se tourner résolument vers Dieu.» Structurant son partage autour de trois sous-thèmes — le sens du Carême, le message du pape Léon XIV et le vœu d’obéissance dans la Compagnie de Jésus — il a mis en lumière les fondements de ce temps liturgique. La prière, la pénitence et le partage en constituent les piliers essentiels, non comme des obligations extérieures, mais comme des moyens concrets de recentrer la vie sur l’essentiel, a-t-il souligné. Remettre Dieu au centre : un appel pour aujourd’hui S’appuyant sur le message de Carême 2026 du pape Léon XIV, intitulé « Écouter et jeûner : le Carême comme un temps de conversion », le P. Kasongo a insisté sur une invitation centrale : remettre le mystère de Dieu au centre de notre existence. Dans un monde marqué par la dispersion, les inquiétudes et les sollicitations multiples, ce recentrement apparaît comme une urgence spirituelle. Il s’agit, concrètement, de replacer Dieu au centre de nos pensées, de nos choix et de nos actions. La prière fidèle, l’examen de conscience, l’adoration eucharistique, la vie sacramentelle et la participation à la vie ecclésiale sont autant de chemins qui permettent d’habiter ce mouvement de conversion. Ainsi compris, le Carême devient un véritable temps de préparation à la Pâque, où le cœur se purifie pour accueillir la joie de la Résurrection. Comprendre la mission jésuite : l’obéissance comme disponibilité Dans un dernier temps, le P. Kasongo a brièvement éclairé les participants sur le sens du vœu d’obéissance dans la Compagnie de Jésus. Loin d’être une contrainte, celui-ci exprime une disponibilité radicale à la mission, reçue à travers le supérieur qui tient, pour le jésuite, la place du Christ. « La mission ne se négocie pas, elle se reçoit », a-t-il souligné, invitant à comprendre l’obéissance comme un chemin de liberté intérieure, de détachement et de confiance. Pour ces parents, cette réflexion a permis de mieux saisir la dynamique spirituelle qui sous-tend la vocation de leurs fils, et de s’y associer intérieurement. Une communion discrète mais réelle La récollection s’est achevée par la célébration eucharistique et une photo souvenir, dans une atmosphère de simplicité et de joie fraternelle. Au-delà de l’événement lui-même, cette rencontre donne à voir une réalité souvent discrète mais essentielle : celle des familles qui, dans la prière et la fidélité, accompagnent le chemin vocationnel de leurs enfants. En ce temps de Carême, elles apparaissent, elles aussi, comme engagées dans un chemin de conversion et de disponibilité, participant à leur manière à la mission de l’Église.
Le P. Dominique Dhedya, SJ, nouveau Provincial des Jésuites d’Afrique Centrale (Angola et RD Congo)
Le P. Arturo Sosa, SJ, Supérieur général de la Compagnie de Jésus, a nommé le P. Dominique Dhedya Bamunoba, SJ, Supérieur Provincial des Jésuites d’Afrique Centrale (ACE). Il succédera au P. Rigobert Kyungu Musenge, SJ, arrivé au terme de son mandat de six ans, et prendra ses fonctions le 31 juillet 2026, en la solennité de saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. Le P. Dominique Dhedya Bamunoba, SJ, est né le 27 juin 1976 à Strasbourg (Alsace, France). Il a effectué ses études primaires et une partie de ses études secondaires au Collège Imara à Lubumbashi (1981-1994), puis a poursuivi ses études au Collège Maele à Kisangani (1994-1995). Après une année de stage de candidature au Collège Bonsomi de Kinshasa (1995-1996), il entre dans la Compagnie de Jésus le 22 septembre 1996 à Iniangi (Kwango, RDC). Il achève son noviciat à Kisantu (Kongo Central) en 1998, avant d’entreprendre des études de philosophie à l’Institut Saint-Pierre Canisius de Kimwenza (1998-2001). Il effectue ensuite sa régence à l’Institut Technique et Professionnel de Kikwit (2001-2003), puis est envoyé en théologie à Hekima College, à Nairobi (2003-2006). Il y est ordonné diacre le 18 février 2006, avant d’être nommé formateur et ministre au noviciat de Kisantu (2006-2008). Ordonné prêtre le 28 juillet 2007 à Lubumbashi, il poursuit ensuite une année de préparation à Rome en vue d’études bibliques (2009-2010), qu’il approfondira en Allemagne, à Francfort-sur-le-Main, où il obtient une licence (Master) en théologie biblique en 2014. De retour en RDC, il est nommé directeur du Centre Spirituel Manresa à Kinshasa (2015-2020). Il effectue ensuite son Troisième An au Centre Spirituel Mwangaza, à Nairobi (janvier-août 2020), avant de revenir comme recteur de l’Institut Technique et Professionnel de Kikwit (2020-2023). Durant cette période, il assiste également le Provincial en tant que Délégué pour la Région du Kwilu (2022-2023). Le P. Dhedya a prononcé ses derniers vœux à Kinshasa le 25 janvier 2023. Répondant à une demande du Dicastère pour l’évangélisation (Propaganda Fide), il est depuis septembre 2023 directeur spirituel et formateur au Pontificio Collegio Urbano de Rome, où il accompagne des futurs prêtres diocésains issus des territoires de mission. « Nous rendons grâces à Dieu pour ce don du Seigneur à notre Province, et nous remercions le P. Dominique pour sa disponibilité et sa générosité. Portons notre nouveau Supérieur Provincial dans la prière », a déclaré le P. Rigobert Kyungu, Provincial sortant de l’ACE, à l’annonce de cette nomination. Le P. Arturo Sosa, SJ, Supérieur général de la Compagnie de Jésus, a nommé le P. Dominique Dhedya Bamunoba, SJ, Supérieur Provincial des Jésuites d’Afrique Centrale (ACE). Il succédera au P. Rigobert Kyungu Musenge, SJ, arrivé au terme de son mandat de six ans, et prendra ses fonctions le 31 juillet 2026, en la solennité de saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. Le P. Dominique Dhedya Bamunoba, SJ, est né le 27 juin 1976 à Strasbourg (Alsace, France). Il a effectué ses études primaires et une partie de ses études secondaires au Collège Imara à Lubumbashi (1981-1994), puis a poursuivi ses études au Collège Maele à Kisangani (1994-1995). Après une année de stage de candidature au Collège Bonsomi de Kinshasa (1995-1996), il entre dans la Compagnie de Jésus le 22 septembre 1996 à Iniangi (Kwango, RDC). Il achève son noviciat à Kisantu (Kongo Central) en 1998, avant d’entreprendre des études de philosophie à l’Institut Saint-Pierre Canisius de Kimwenza (1998-2001). Il effectue ensuite sa régence à l’Institut Technique et Professionnel de Kikwit (2001-2003), puis est envoyé en théologie à Hekima College, à Nairobi (2003-2006). Il y est ordonné diacre le 18 février 2006, avant d’être nommé formateur et ministre au noviciat de Kisantu (2006-2008). Ordonné prêtre le 28 juillet 2007 à Lubumbashi, il poursuit ensuite une année de préparation à Rome en vue d’études bibliques (2009-2010), qu’il approfondira en Allemagne, à Francfort-sur-le-Main, où il obtient une licence (Master) en théologie biblique en 2014. De retour en RDC, il est nommé directeur du Centre Spirituel Manresa à Kinshasa (2015-2020). Il effectue ensuite son Troisième An au Centre Spirituel Mwangaza, à Nairobi (janvier-août 2020), avant de revenir comme recteur de l’Institut Technique et Professionnel de Kikwit (2020-2023). Durant cette période, il assiste également le Provincial en tant que Délégué pour la Région du Kwilu (2022-2023). Le P. Dhedya a prononcé ses derniers vœux à Kinshasa le 25 janvier 2023. Répondant à une demande du Dicastère pour l’évangélisation (Propaganda Fide), il est depuis septembre 2023 directeur spirituel et formateur au Pontificio Collegio Urbano de Rome, où il accompagne des futurs prêtres diocésains issus des territoires de mission. « Nous rendons grâces à Dieu pour ce don du Seigneur à notre Province, et nous remercions le P. Dominique pour sa disponibilité et sa générosité. Portons notre nouveau Supérieur Provincial dans la prière », a déclaré le P. Rigobert Kyungu, Provincial sortant de l’ACE, à l’annonce de cette nomination.
À Nairobi, cinq jésuites de l’ACE ordonnés diacres: un “oui” au service de l’Église universelle
C’est dans une église Notre-Dame de Guadalupe comble que vingt-trois candidats – dont quinze jésuites, cinq assomptionnistes et trois carmélites de l’Assomption, tous étudiants à Hekima University College – ont été ordonnés diacres samedi 14 février 2026, à Nairobi. Parmi eux, cinq jésuites de la Province d’Afrique centrale : Patient Aganze, Joseph Kambale, Christian Kombe, Camille Mukoso et Pierre-Guelord N’situ. Entourés de leurs familles et amis venus de la République démocratique du Congo, mais aussi de France, Belgique, Tanzanie ou établis au Kenya, ils ont vécu cette étape majeure au cœur d’une assemblée vibrante d’action de grâce. Au début de la célébration, les candidats ont été présentés par le Père José Minaku, Président de la Conférence des Jésuites d’Afrique et de Madagascar (JCAM), à Son Excellence Mgr Hubertus Matheus Maria von Megen, nonce apostolique au Kenya, qui a présidé l’Eucharistie et conféré l’ordination diaconale, avec la permission de l’archevêque de Nairobi, Mgr Philippe Anyolo. Dans son homélie, le nonce apostolique a puisé dans la première lecture tirée du Livre des Nombres, évoquant l’institution des lévites, mis à part pour le service du culte. À partir de cette figure biblique, il a établi un parallèle éclairant avec le ministère diaconal, soulignant que l’ordination n’est pas d’abord une fonction, mais une mise à part pour Dieu. S’adressant directement aux ordinands, il leur a rappelé qu’à l’image des lévites, ils vivent désormais «une union spéciale, un attachement particulier au Seigneur», car «Dieu vous réclame, il veut que vous soyez saints pour lui». Cette consécration, a-t-il poursuivi, trouve une expression concrète dans le célibat et la chasteté, signes d’un don total au Christ.Mais cet attachement, a-t-il précisé, ne peut reposer sur les seules forces humaines: il est d’abord œuvre de la grâce. «C’est pourquoi durant la liturgie de l’ordination diaconale, le diacre promet d’être fidèle dans la célébration de la liturgie des heures pour l’Église et le monde entier.» Le diacre ne peut vivre sa vocation que dans «une foi profonde, un attachement profond à Dieu», enraciné dans le service de l’autel, du prêtre et de la communauté. Il s’agit, en définitive, de «rendre gloire à Dieu et servir l’Église », a-t-il souligné. La célébration, animée avec beauté et ferveur par la chorale universitaire de Hekima, a été à la hauteur de l’événement : joyeuse, priante et recueillie. Au terme de la messe, le P. Emmanuel Foro, recteur du théologat jésuite de Hekima University College, a exprimé, au nom des nouveaux diacres, une parole de gratitude envers Dieu et l’assemblée. Il a remercié le nonce apostolique, le président du JCAM, les provinciaux jésuites présents (cinq d’entre eux avaient fait le déplacement), les supérieurs majeurs et locaux d’instituts religieux, le délégué jésuite pour la formation du Sri Lanka, les formateurs et collaborateurs de Hekima, ainsi que les familles et amis venus de différents pays. Il a également souligné la dimension véritablement universelle de cette ordination – les nouveaux diacres proviennent de neuf pays : Sri Lanka, Inde, Ghana, Nigeria, Togo, RDC, Madagascar, Zimbabwe et Kenya – invitant l’assemblée à continuer à les accompagner et à soutenir dans leur miistère. Après l’Eucharistie, la célébration s’est prolongée par des photos et un déjeuner festif dans l’enceinte de la communauté de Hekima University College, dans une atmosphère faite de gratitude, de joie et de fraternité. Témoignages Joseph Kambale Kasumba, SJ : « Le 14 février 2026, une date et une journée qui a parlé d’elle-même. Au matin de ce jour particulier, j’ai compris que tous les jours ne se ressemblent pas, il y a ceux qui marquent les mémoires. Ce jour-là, avec mes compagnons nous avons été appelé à quitter nos ombres pour revêtir une autre tunique, plus claire et en même temps plus fragile. L’homélie prononcée par le nonce apostolique m’avait fait comprendre que le diaconat n’est pas un grade, ni un honneur. C’est un commencement. Une première marche vers l’autel, mais surtout vers les autres. Dans la foule, des visages venus de loin. Des mères, des pères debout, fiers de voir leurs enfants grandir et jugés prêts pour le service du peuple de Dieu. Des amis, des frères, des sœurs en humanité qui ont traversé des kilomètres de route et de temps pour être témoins d’un seul mot : Oui, me voici! Et quand ce mot fut prononcé, tout s’est éclairé. J’ai compris que ce n’était pas une cérémonie, mais un nœud sacré, un lien tissé entre la terre et le ciel, entre ma famille de sang et la grande famille des croyants, entre ce que j’étais et ce que je deviens. Ce n’est pas un aboutissement, c’est une porte. Derrière elle, une vie entière à donner, à servir, à aimer sans compter. Une vie pour les autres, avec les autres, parce qu’eux aussi ont fait la moitié du chemin. Ce jour-là, l’Église n’a pas seulement ordonné des diacres. Elle a béni des promesses, et dans chaque cœur présent, quelque chose de nouveau a germé. » Christian Kombe Lele, SJ: «En pensant au diaconat, trois grandes figures surgissent d’emblée dans mon esprit. La première est celle de saint Étienne, le proto-martyr. Figure éminente du groupe des Sept institués par les Apôtres pour le service – notamment la distribution de la nourriture aux veuves de la première communauté chrétienne (cf. Ac 6) – il apparaît aussi, dans les Actes des Apôtres, comme un puissant témoin de l’annonce de l’Évangile aux premières heures de l’Église. Son annonce courageuse du Kérygme devant le Sanhédrin le conduit jusqu’au témoignage suprême: il meurt en pardonnant à ses bourreaux, configuré au Christ jusque dans l’offrande de sa vie. La deuxième figure est celle de saint Laurent, diacre et martyr de l’Église de Rome au temps des persécutions du IIIᵉ siècle. Le récit de son martyre met en lumière sa charité héroïque. Chargé des biens de l’Église, il choisit de les distribuer aux pauvres plutôt que de les livrer aux persécuteurs qui les réclamaient. En présentant les pauvres comme le véritable trésor de l’Église, il manifeste que le diaconat est inséparablement lié au service concret