Comprendre les icônes : une fenêtre vers le divin dans l’Église orthodoxe

« Père, qu’ils soient un, comme nous sommes un » (Jn 17, 21). Cette prière de Jésus, prononcée dans son ultime discours avant la Passion, demeure au cœur de toute démarche œcuménique. Elle inspire tout particulièrement la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, célébrée chaque année du 18 au 25 janvier. Instituée au début du XXᵉ siècle, notamment sous l’impulsion de l’abbé Paul Couturier, cette initiative invite les chrétiens de différentes confessions à reconnaître l’urgence de l’unité visible de l’Église dans la fidélité au Christ.

C’est dans cet esprit que la communauté Saint Pierre Canisius (Kinshasa) a organisé, le samedi 24 janvier 2026 en soirée, une conférence sur le thème : « L’usage des icônes dans l’Église orthodoxe ». La rencontre était modérée par le Père Gibert Mbambi, SJ, spirituel de la communauté, avec comme intervenants le Père André Nsaka et le Professeur Kambale Mandola. Le premier, baptisé Nicéphore, est prêtre orthodoxe célibataire. Tonsuré moine en 2019, il a été ordonné prêtre en 2020. Licencié en mathématiques et en théologie, il est actuellement doctorant en théologie à l’Université de Thessalonique. Le Professeur Mandola, lui, est un laïc orthodoxe, docteur en théologie de la même université, professeur et membre du Conseil orthodoxe de Bruxelles. Marié, il est père de deux enfants.

La conférence a rassemblé plusieurs congrégations religieuses du plateau de Kimwenza, témoignant de l’intérêt suscité par la thématique et de l’ouverture au dialogue interecclésial.

Une Église enracinée dans l’Écriture et la Tradition

La conférence s’est articulée autour de deux temps forts. Dans un premier temps, le Professeur Mandola a présenté l’histoire de l’Église orthodoxe en deux grandes périodes : de 313 à 1054, époque de l’Église indivise, puis de 1054 à nos jours, marquée par le schisme entre l’Eglise d’Orient et celle d’Occident. Il a rappelé que la foi orthodoxe repose sur deux sources indissociables : les Saintes Écritures et la Tradition. Cette Tradition vivante comprend les conciles œcuméniques, la liturgie, les écrits des Pères de l’Église et la vie spirituelle du peuple de Dieu.

Il a ensuite abordé la question des sacrements, précisant que l’Église orthodoxe en reconnaît traditionnellement sept : le baptême, la chrismation (équivalent de la confirmation), l’eucharistie, la pénitence, le mariage, l’ordination et l’onction des malades. Loin d’être de simples rites, ces sacrements sont des actes par lesquels Dieu communique sa grâce et sanctifie l’homme.

Enfin, il a présenté la structure hiérarchique de l’Église orthodoxe, organisée en trois degrés : l’évêque, garant de l’unité et de la foi apostolique ; le prêtre, chargé de la célébration des sacrements et de l’accompagnement pastoral ; et le diacre, au service de la liturgie et de la charité. Chaque ministère est conçu comme un service du peuple de Dieu, dans une logique de communion plutôt que de domination.

Les icônes : entre image et mystère

Dans la seconde partie, le Père André Nsaka a développé la vision orthodoxe des icônes. Il a rappelé que le Décalogue interdit l’idolâtrie, tout en soulignant la distinction fondamentale entre idolâtrie et usage des images. L’idolâtrie consiste à absolutiser une représentation au point qu’elle remplace Dieu, tandis que l’icône, dans la tradition orthodoxe, est une « fenêtre ouverte sur le divin », un moyen de conduire le croyant vers Dieu.

Pour illustrer cette distinction, il a évoqué Exode 25, 18, où Dieu demande à Moïse de fabriquer le serpent d’airain afin que quiconque le regarde soit guéri. L’image devient ainsi un instrument de salut, et non un objet d’adoration. Les icônes, a-t-il expliqué, « nous font penser à Dieu, élèvent nos âmes et nous mettent en relation avec le Créateur ». Leur valeur dépend donc de l’usage qui en est fait : elles sont des supports de prière, de contemplation et de catéchèse.

Un dialogue vivant et fécond

La rencontre s’est poursuivie par une séance de questions-réponses portant sur plusieurs thèmes sensibles et actuels : le célibat des prêtres orthodoxes, la distinction entre prêtres mariés et célibataires, la place de la Vierge Marie dans la vie de l’Église, la vie après la mort, la signification du signe de croix ou encore la synodalité. La qualité et la pertinence des échanges ont permis d’éclaircir de nombreux points théologiques et pastoraux, révélant un réel désir de compréhension mutuelle et de dialogue sincère. La soirée s’est achevée dans le recueillement, par la récitation commune du Notre Père.

Marcher ensemble vers l’unité

Plus qu’un simple exposé théologique, cette rencontre a constitué un signe concret de communion, une réponse, modeste mais réelle, à la prière de Jésus : « Père, qu’ils soient un ». Elle a rappelé que l’œcuménisme n’est ni une dilution des identités ni une uniformisation forcée, mais un chemin de vérité, de charité et d’humilité. Comme le souligne le Pape Léon XIV, il ne s’agit pas « d’un œcuménisme de retour à l’état antérieur aux divisions, ni une reconnaissance mutuelle du statu quo actuel de la diversité des Églises et des communautés ecclésiales, mais plutôt un œcuménisme tourné vers l’avenir, de réconciliation sur la voie du dialogue, d’échange de nos dons et de nos patrimoines spirituels. Le rétablissement de l’unité entre les chrétiens ne nous appauvrit pas, au contraire, il nous enrichit. » (Lettre apostolique In Unitate Fidei, 11). À travers le dialogue, la prière et la connaissance réciproque, les Églises sont appelées à marcher ensemble vers l’unité voulue par le Christ.


Iwos’o J. P. Bouckaert, SJ

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De gauche à droite: 
Michael Edomobi, Didymus Shirima,  Ntima Nkanza (instructeur), Stanislas Kambashi, Francis Erzuha, Michael Aghadi

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