À Nairobi, cinq jésuites de l’ACE ordonnés diacres: un “oui” au service de l’Église universelle

C’est dans une église Notre-Dame de Guadalupe comble que vingt-trois candidats – dont quinze jésuites, cinq assomptionnistes et trois carmélites de l’Assomption, tous étudiants à Hekima University College – ont été ordonnés diacres samedi 14 février 2026, à Nairobi. Parmi eux, cinq jésuites de la Province d’Afrique centrale : Patient Aganze, Joseph Kambale, Christian Kombe, Camille Mukoso et Pierre-Guelord N’situ. Entourés de leurs familles et amis venus de la République démocratique du Congo, mais aussi de France, Belgique, Tanzanie ou établis au Kenya, ils ont vécu cette étape majeure au cœur d’une assemblée vibrante d’action de grâce.

Au début de la célébration, les candidats ont été présentés par le Père José Minaku, Président de la Conférence des Jésuites d’Afrique et de Madagascar (JCAM), à Son Excellence Mgr Hubertus Matheus Maria von Megen, nonce apostolique au Kenya, qui a présidé l’Eucharistie et conféré l’ordination diaconale, avec la permission de l’archevêque de Nairobi, Mgr Philippe Anyolo.

Dans son homélie, le nonce apostolique a puisé dans la première lecture tirée du Livre des Nombres, évoquant l’institution des lévites, mis à part pour le service du culte. À partir de cette figure biblique, il a établi un parallèle éclairant avec le ministère diaconal, soulignant que l’ordination n’est pas d’abord une fonction, mais une mise à part pour Dieu.

S’adressant directement aux ordinands, il leur a rappelé qu’à l’image des lévites, ils vivent désormais «une union spéciale, un attachement particulier au Seigneur», car «Dieu vous réclame, il veut que vous soyez saints pour lui». Cette consécration, a-t-il poursuivi, trouve une expression concrète dans le célibat et la chasteté, signes d’un don total au Christ.
Mais cet attachement, a-t-il précisé, ne peut reposer sur les seules forces humaines: il est d’abord œuvre de la grâce. «C’est pourquoi durant la liturgie de l’ordination diaconale, le diacre promet d’être fidèle dans la célébration de la liturgie des heures pour l’Église et le monde entier.» Le diacre ne peut vivre sa vocation que dans «une foi profonde, un attachement profond à Dieu», enraciné dans le service de l’autel, du prêtre et de la communauté. Il s’agit, en définitive, de «rendre gloire à Dieu et servir l’Église », a-t-il souligné.

La célébration, animée avec beauté et ferveur par la chorale universitaire de Hekima, a été à la hauteur de l’événement : joyeuse, priante et recueillie. Au terme de la messe, le P. Emmanuel Foro, recteur du théologat jésuite de Hekima University College, a exprimé, au nom des nouveaux diacres, une parole de gratitude envers Dieu et l’assemblée. Il a remercié le nonce apostolique, le président du JCAM, les provinciaux jésuites présents (cinq d’entre eux avaient fait le déplacement), les supérieurs majeurs et locaux d’instituts religieux, le délégué jésuite pour la formation du Sri Lanka, les formateurs et collaborateurs de Hekima, ainsi que les familles et amis venus de différents pays. Il a également souligné la dimension véritablement universelle de cette ordination – les nouveaux diacres proviennent de neuf pays : Sri Lanka, Inde, Ghana, Nigeria, Togo, RDC, Madagascar, Zimbabwe et Kenya – invitant l’assemblée à continuer à les accompagner et à soutenir dans leur miistère.

Après l’Eucharistie, la célébration s’est prolongée par des photos et un déjeuner festif dans l’enceinte de la communauté de Hekima University College, dans une atmosphère faite de gratitude, de joie et de fraternité.

Témoignages

Joseph Kambale Kasumba, SJ : « Le 14 février 2026, une date et une journée qui a parlé d’elle-même. Au matin de ce jour particulier, j’ai compris que tous les jours ne se ressemblent pas, il y a ceux qui marquent les mémoires. Ce jour-là, avec mes compagnons nous avons été appelé à quitter nos ombres pour revêtir une autre tunique, plus claire et en même temps plus fragile. L’homélie prononcée par le nonce apostolique m’avait fait comprendre que le diaconat n’est pas un grade, ni un honneur. C’est un commencement. Une première marche vers l’autel, mais surtout vers les autres.

Dans la foule, des visages venus de loin. Des mères, des pères debout, fiers de voir leurs enfants grandir et jugés prêts pour le service du peuple de Dieu. Des amis, des frères, des sœurs en humanité qui ont traversé des kilomètres de route et de temps pour être témoins d’un seul mot : Oui, me voici!

Et quand ce mot fut prononcé, tout s’est éclairé. J’ai compris que ce n’était pas une cérémonie, mais un nœud sacré, un lien tissé entre la terre et le ciel, entre ma famille de sang et la grande famille des croyants, entre ce que j’étais et ce que je deviens. Ce n’est pas un aboutissement, c’est une porte. Derrière elle, une vie entière à donner, à servir, à aimer sans compter. Une vie pour les autres, avec les autres, parce qu’eux aussi ont fait la moitié du chemin. Ce jour-là, l’Église n’a pas seulement ordonné des diacres. Elle a béni des promesses, et dans chaque cœur présent, quelque chose de nouveau a germé. »

Christian Kombe Lele, SJ: «En pensant au diaconat, trois grandes figures surgissent d’emblée dans mon esprit. La première est celle de saint Étienne, le proto-martyr. Figure éminente du groupe des Sept institués par les Apôtres pour le service – notamment la distribution de la nourriture aux veuves de la première communauté chrétienne (cf. Ac 6) – il apparaît aussi, dans les Actes des Apôtres, comme un puissant témoin de l’annonce de l’Évangile aux premières heures de l’Église. Son annonce courageuse du Kérygme devant le Sanhédrin le conduit jusqu’au témoignage suprême: il meurt en pardonnant à ses bourreaux, configuré au Christ jusque dans l’offrande de sa vie.

La deuxième figure est celle de saint Laurent, diacre et martyr de l’Église de Rome au temps des persécutions du IIIᵉ siècle. Le récit de son martyre met en lumière sa charité héroïque. Chargé des biens de l’Église, il choisit de les distribuer aux pauvres plutôt que de les livrer aux persécuteurs qui les réclamaient. En présentant les pauvres comme le véritable trésor de l’Église, il manifeste que le diaconat est inséparablement lié au service concret des plus vulnérables. Sa fidélité le conduit, lui aussi, jusqu’au don total de lui-même.

Enfin, il y a saint François d’Assise, dont nous célébrons l’année jubilaire exceptionnelle à l’occasion du 800ᵉ anniversaire de sa mort. Le Poverello, dont le défunt pape François a contribué à raviver l’héritage spirituel, notamment la pauvreté évangélique et missionnaire, le souci des pauvres, la fraternité universelle et les intuitions fécondes pour une écologie intégrale, mourut diacre. En lui, le service devient style de vie: simplicité radicale, proximité avec les petits, amour passionné du Christ et de toute créature.

Même si, pour moi, le diaconat est une étape transitoire vers le presbytérat, ces trois figures demeurent profondément inspirantes. Elles me rappellent que le service de l’autel ne saurait se réduire à une fonction rituelle. Il s’enracine dans la contemplation du mystère célébré, mais il se prolonge nécessairement dans l’annonce d’une foi qui fait justice, dans la proclamation d’un Évangile qui est véritablement bonne nouvelle pour les pauvres et pour l’humanité blessée. Étienne m’enseigne le courage du témoignage et la cohérence entre parole et vie. Laurent m’apprend que la charité n’est pas accessoire, mais constitutive de la mission. François me rappelle que toute fécondité apostolique jaillit d’une pauvreté joyeuse et d’une fraternité vécue.

Avec leur intercession, celle de notre Bonne Mère, et la grâce du Seigneur qui appelle, j’espère vivre avec amour, humilité et disponibilité le service auquel ce ministère m’engage, pour l’Église et pour toute la famille humaine

Camille Mukoso Muzieme, SJ: «Deux semaines avant mon ordination diaconale, une profonde paix intérieure s’était installée en moi, presque sans bruit. Les questions qui m’avaient longtemps habité perdaient leur insistance. En relisant mon histoire vocationnelle, je comprenais mieux d’où venait cette paix. Ma vocation est née très tôt, dans le cadre simple de la vie familiale et paroissiale, lorsqu’un vicaire, prêchant à l’église, reprit ces paroles de l’Évangile: ‘‘La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux.’’ Enfant encore, j’avais compris ces mots de manière concrète, voire littérale: il y avait un champ à labourer, une œuvre à accomplir. Dans la prière, j’avais alors dit au Seigneur, avec la naïveté et la vérité de mon âge: je n’ai pas la force pour labourer, mais je suis là; si tu veux, prends-moi.

Avec le recul, je découvre que, bien avant que je comprenne quoi que ce soit, le Seigneur préparait déjà un chemin. De mon diplôme d’État jusqu’à mon entrée dans la Compagnie de Jésus, puis à travers des missions et des contextes très divers, il m’a conduit sur des routes inattendues, me faisant découvrir la beauté d’un corps apostolique universel, riche de ses différences et de sa communion.

Le jour de l’ordination, en voyant les visages joyeux autour de moi et en pensant à ma famille unie à distance par la prière, une profonde action de grâce est montée en mon cœur. La paix demeurait, mais accompagnée d’une fragilité lucide : celle de savoir que l’appel de Dieu dépasse toujours ce que je peux offrir. J’ai ressenti une humble disponibilité, comme si le Seigneur ne me demandait que d’être là, réellement présent, pour servir.

Je place cette ordination sous le signe du oui, un oui fragile mais confiant, et je la confie à la Vierge Marie, celle qui a accueilli un appel dépassant toute compréhension humaine. Sous son regard maternel, je comprends que le ministère n’est ni une reconnaissance ni un accomplissement personnel, mais un chemin de service et de fidélité. Comme elle, il s’agit d’apprendre à se donner sans se posséder, à suivre le Christ jusque dans la croix, à demeurer auprès de lui dans les passages obscurs comme dans la lumière de la résurrection.

Depuis lors, je découvre que le diaconat n’est pas d’abord une fonction, mais une manière d’habiter la vie: répondre aux demandes de prière, bénir, écouter, accompagner, autant de gestes simples où le Seigneur apprend patiemment à son serviteur à aimer et à se donner chaque jour davantage.»

Pierre Guelord N’situ Makambu, SJ: «C’est avec un cœur rempli de gratitude, mais aussi avec cette crainte respectueuse de celui qui se reconnaît ‘‘pauvre pêcheur’’, que j’ai vécu la joie immense de mon ordination diaconale le 14 février 2026 à Nairobi. Pour moi, comme jésuite, ce jour n’est pas un aboutissement. Il est plutôt cette étape lumineuse sur un chemin commencé il y a tant d’années. Depuis le Noviciat, où tout a pris racine, jusqu’à aujourd’hui, chaque étape a été une lente et exigeante conformation au Christ.

À la suite d’Ignace, j’ai appris à chercher et trouver Dieu en toutes choses: le Noviciat pour poser le fondement de l’humilité et plonger dans les Exercices Spirituels; la philosophie pour contempler le Verbe dans l’intelligence même de la création; la régence pour servir l’Église ‘‘corps à corps’’, au cœur du peuple de Dieu, auprès des jeunes qui m’ont tant appris; et la théologie pour entrer plus avant dans le mystère même de Dieu.

En effet, le diaconat est cette porte étroite qui m’introduit progressivement dans le sacerdoce ministériel. En proclamant l’Évangile, en me mettant au service de la charité auprès des plus fragiles, j’apprends à aimer l’Église comme le Christ l’a aimée. Chaque geste de service prépare mon cœur et ma vie à dire un jour, comme Lu : ‘‘Ceci est mon corps livré pour vous’’ et j’ai davantage la certitude que c’est dans ce service humble et total, au cœur du monde, que se forge le prêtre selon le Cœur du Christ. Pas dans la puissance, pas dans l’éclat, mais dans l’abaissement qui élève, dans le don qui libère.

Que Marie, notre Mère, nous garde dans sa tendresse et nous accompagne dans notre cheminement vers le sacerdoce. Et que Saint Ignace continue de nous apprendre à tout trouver en Dieu

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