Dans le silence recueilli des chapelles, au rythme de la Parole méditée et de la prière partagée, les scolastiques de la Province jésuite d’Afrique Centrale (ACE) ont vécu, une fois encore, le temps fort du triduum de Noël. Fidèle à une tradition bien enracinée dans la Compagnie de Jésus, en particulier dans les maisons de formation, ce temps de retraite spirituelle de trois jours précédant la fête de la Nativité vise à préparer intérieurement les cœurs à accueillir la venue du Christ, Dieu qui se fait proche, humble et vulnérable, pour rejoindre l’humanité dans ses fragilités.
Dans les diverses maisons de formation en RDC, comme dans les maisons internationales, les scolastiques ont vécu ce triduum comme un véritable temps de grâce, de recentrement et de renouvellement intérieur, scellé pour certains par la rénovation de leurs vœux de religion.




Kimwenza : “Disposer nos cœurs à accueillir l’Emmanuel”
Au scolasticat Saint Pierre Canisius, à Kimwenza (Kinshasa), le triduum de Noël s’est déroulé dans un climat de profonde ferveur spirituelle. Prêché par le Père Luka Lusala, ce temps de retraite a conduit les scolastiques à une méditation autour de quatre axes fondamentaux : le souvenir, la disponibilité, la miséricorde et la donation.
Pour Baluti Bernard, étudiant en master de philosophie à l’Université Loyola du Congo (ULC), ces enseignements riches et bien structurés ont aidés les retraitants à entrer dans la profondeur du mystère de Noël, disposant les cœurs à accueillir l’Emmanuel. La veillée de la Nativité, célébrée avec les religieux et les fidèles du plateau de Kimwenza, a constitué l’aboutissement de ce cheminement spirituel. «Moment particulièrement fort, la rénovation des vœux des scolastiques a marqué cette célébration comme un acte d’engagement renouvelé, mais aussi une action de grâce pour l’appel reçu», confie-t-il.



Kinkole : “La liberté intérieure au service de la mission”
De l’autre bout de la ville province de Kinshasa, vingt-cinq jeunes jésuites en régence et aux études spéciales ont vécu leur triduum de Noël au centre spirituel des Pères Passionnistes à Maluku, du 21 au 25 décembre 2025. Animé par le Père Janvier Asifiwe, ce temps de retraite était articulé autour du thème: «La liberté intérieure comme fondement de la disponibilité pour la mission».
«Ce temps de grâce nous a permis de nous ressourcer, de renouveler notre oui et d’écouter l’hôte intérieur», témoigne Landry Kuma Kuma, étudiant en communication à l’Université Catholique du Congo (UCC). «Les textes médités nous ont révélé que la liberté est un don de Dieu: elle nous aide à nous vaincre nous-mêmes, à ordonner notre vie et à nous mettre au service des autres ». La méditation de la lettre De la distraction à la consécration du Père Adolfo Nicolás, ancien Supérieur général de la Compagnie, a suscité un examen de conscience personnel: «identifier nos distractions, recentrer nos vies et répondre délibérément à l’appel du Christ, modèle par excellence de liberté intérieure au service de l’Église et de l’humanité», ajoute-t-il.



Lubumbashi: “Espérer dans un monde blessé”
À Lubumbashi, la communauté Kwetu-Kwenu a abrité, du 21 décembre au matin du 25 décembre, les scolastiques en régence et aux études spéciales dans la ville minière, pour leur triduum de Noël. Animée par le Père Benoît Mbuyi, délégué du Provincial pour la formation, la retraite était centrée sur le mystère de l’Incarnation, avec une attention particulière portée aux figures de Joseph, Marie et de l’Enfant Jésus.
Dans un contexte mondial marqué par les guerres, les violences et les ténèbres de l’injustice, ce triduum a été une invitation à s’ancrer dans l’espérance chrétienne, souligne Christian Losambe, étudiant en psychologie à l’Université de Lubumbashi (UNILU). «Le Seigneur qui vient partager notre condition humaine est la source d’une espérance capable de libérer et de combler les cœurs. Accueillir ce projet de Dieu avec foi, humilité et générosité demeure un appel pressant pour les jeunes jésuites en formation», confie-t-il.



Nairobi: “Passer d’un optimisme superficiel à une espérance vécue”
Au théologat de Hekima College, à Nairobi, le triduum s’est déroulé du soir du 20 décembre au mardi 23 décembre 2025, autour du thème du Jubilé de l’espérance, animé par les Pères Norbert Litoing et Anthony Egan.
« J’ai compris qu’il y a une grande différence entre un optimisme superficiel et une véritable espérance », partage Eric Lenga, étudiant en théologie. «Le triduum m’a aidé à reconnaître la présence du Christ dans les petits moments de ma vie quotidienne, comme mes études ou la vie communautaire». En identifiant ses peurs et les difficultés du monde, il ajoute: «j’ai senti l’appel à unir la prière et l’action, pour devenir, à travers de simples gestes, un messager de paix et de l’amour de Dieu».
Abidjan : “Un parcours exigeant vers une croissance spirituelle”
À l’Institut de Théologie de la Compagnie de Jésus (ITCJ), le triduum, sous la direction du Père Augustin Atsikin, s’est déroulé comme un temps fort de relecture intérieure et de discernement personnel. Pendant trois jours, les participants ont été invités à revisiter leur année, à identifier les sources de consolation et de désolation ayant marqué leur expérience spirituelle, et à approfondir leur engagement envers Dieu et la mission.
Cette démarche de discernement, explique Jean Ruiz Moole, étudiant en théologie, «peut être comparée à l’ascension du mont Kilimandjaro : un parcours exigeant, ponctué de passages abrupts mais aussi de panoramas d’une beauté saisissante, invitant à contempler le mystère divin». L’objectif fondamental était «de disposer mon cœur et mon esprit à accueillir l’année 2026 dans une dynamique de croissance spirituelle, et de favoriser une intégration plus consciente des valeurs christiques d’autotranscendance pour servir plus fécondement notre Seigneur Jésus-Christ».




Rome: “Raviver un engagement qui ne doit pas s’émousser”
À Rome, les scolastiques du Collegio Internazionale del Gesù, rejoints par ceux de la communauté San Pietro Canisio, ont vécu leur triduum du 19 au 21 décembre 2025 au Centre international de spiritualité du Sacré-Cœur de Jésus, à Rocca di Papa. Ce temps de recueillement préparait à la fois Noël et la renovation des vœux.
Guidés par le Père Federico Lombardi, les scolastiques ont été touchés par l’évocation de la formule manuscrite des vœux simples du Père Pedro Arrupe, ancien préposé général de la Compagnie, rédigée à la veille de son ordination sacerdotale en 1936 et conservée dans une enveloppe portant la mention «Très important». À travers cet exemple, le prédicateur a rappelé que, bien que les premiers vœux soient perpétuels par nature, leur rénovation est un acte vital pour raviver l’engagement initial, empêcher qu’il ne s’émousse, et l’approfondir dans un dynamisme de consécration toujours plus totale, nourrie d’un amour pur et ardent pour le Christ, confie Jean Lavie Zihalirwa, étudiant en théologie. «C’est avec une profonde espérance que nous avons imploré la grâce de raviver notre désir d’incarner pleinement notre vocation et notre amour pour le Christ, à travers la forme concrète de ces vœux, en fidélité à notre appel à la vie religieuse au sein de la Compagnie».
Une grâce qui continue de porter du fruit
Pour les jésuites en formation, le triduum de Noël apparaît comme un véritable laboratoire spirituel où ils se préparent à accueillir le Christ qui vient, à renouveler leur engagement et à se rendre plus disponibles pour la mission. Dans la diversité des lieux et des expériences, une même grâce se dégage : celle d’une espérance enracinée dans l’Incarnation et appelée à se traduire en service concret, pour la plus grande gloire de Dieu.
Christian Kombe, SJ
