Célébrer cent ans d’existence n’est jamais un simple retour sur le passé. Pour une institution jésuite, c’est d’abord un exercice de discernement : relire une histoire, en éprouver les fidélités et les écarts, et s’ouvrir à ce qui appelle encore à naître. Le colloque organisé à Kisantu du 16 au 18 avril 2026, à l’occasion du centenaire du Collège Kubama, s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Loin de se limiter à une commémoration, il a cherché à articuler trois dimensions essentielles : la mémoire d’un héritage, l’exigence d’un engagement présent et l’appel d’une espérance pour l’avenir. Comme l’a souligné le recteur du collège, le Père Jean-Claude Bindanda, SJ, « ce centenaire est un héritage qui nous honore, mais aussi une responsabilité qui nous engage ». Cette tension entre mémoire et responsabilité a traversé l’ensemble des travaux. En présence de Mgr Crispin Kimbeni, évêque de Kisantu, des anciens élèves, des élèves, des enseignants une question s’est imposée avec acuité : que reste-t-il aujourd’hui de la promesse éducative de Kisantu, et que peut-elle encore engendrer pour la République démocratique du Congo ? Kisantu : une genèse marquée par l’ambivalence La réflexion sur l’éducation missionnaire en Afrique centrale a longtemps oscillé entre deux lectures opposées : l’une, critique, y voit un instrument de domination coloniale ; l’autre, plus apologétique, en exalte l’œuvre civilisatrice. Le colloque de Kisantu invite à dépasser cette alternative trop simpliste. L’hypothèse qui guide cette analyse est la suivante : le projet éducatif de Kisantu, bien qu’inscrit dans un contexte colonial, a porté en lui une dynamique d’émancipation intellectuelle et sociale, rendue possible par des traits fondamentaux de la pédagogie ignatienne : le magis, la cura personalis et l’orientation vers le service. La conférence du Père Anicet N’teba Mbengi, SJ a rappelé avec rigueur les origines du projet. L’implantation jésuite dans l’État indépendant du Congo répondait à une double finalité : évangéliser et former des auxiliaires pour l’administration coloniale. Cette double orientation inscrit dès l’origine le projet dans une tension constitutive. Toutefois, l’analyse du Père N’teba a également mis en évidence une profondeur historique souvent négligée : l’héritage des premières missions jésuites au royaume du Kongo dès le XVIe siècle. Cette mémoire longue relativise l’idée d’une simple greffe coloniale. L’une des contributions majeures de cette communication réside dans la mise en lumière de la Fondation Médicale de l’Université de Louvain au Congo (FOMULAC) et du Centre agronomique de l’Université de Louvain au Congo (CADULAC), véritables matrices d’un projet universitaire. La prophétie formulée dès 1926 — voir émerger à Kisantu une université — trouvera son accomplissement avec L’université Lovanium à Kinshasa. Malgré les tensions institutionnelles qui ont accompagné ce transfert, une conviction demeure : les œuvres dépassent ceux qui les fondent. Une vision éducative intégrale : former pour servir L’intervention du Père Augustin Kalubi, SJ a recentré le débat sur l’essentiel : l’éducation jésuite ne peut se réduire à la transmission de savoirs. Elle vise la formation intégrale de la personne. Son triptyque — former la tête, le cœur et l’âme — rejoint les quatre piliers de la pédagogie ignatienne : conscience, compétence, compassion, engagement. Cette articulation confère à l’éducation une finalité claire : former des acteurs capables de transformer la société. Dans le prolongement de cette perspective, le Père Gauthier Malulu, SJ a approfondi la dimension théologique. En revisitant la devise Ad Majorem Dei Gloriam, il a montré que le magis ne relève ni de la performance ni de l’élitisme, mais d’une générosité orientée vers le service. Sa lecture kénotique de la gloire de Dieu — qui se manifeste dans l’abaissement — donne à l’engagement éducatif une profondeur spirituelle exigeante : servir davantage, c’est glorifier davantage. L’épreuve du réel : que sont devenues les élites formées ? La conférence du Père Jules Kipupu, SJ a introduit une rupture salutaire dans le ton du colloque. En posant frontalement la question de l’engagement des anciens élèves, il a déplacé le regard du projet vers ses fruits. Le constat est nuancé. Si de nombreux anciens servent avec dévouement, notamment dans des secteurs fragiles, une interrogation demeure : la formation reçue produit-elle réellement des acteurs de transformation sociale ? La question — « les jésuites sont-ils encore fiers de leurs anciens élèves ? » — a agi comme un révélateur. Sans céder au pessimisme, le Père Kipupu a appelé à une reconfiguration de la formation : renforcer l’éducation politique, favoriser l’immersion auprès des plus pauvres et intégrer l’écologie intégrale comme horizon pédagogique. L’université en crise : perte de sens ou crise de l’homme ? Le Père Alain Nkisi, auqnt à lui, a élargi la réflexion à l’échelle du système universitaire congolais. Le paradoxe qu’il met en évidence est frappant : alors que le nombre d’universités a explosé, la société semble manquer de repères. Refusant les explications simplistes, le Père Nkisi a rappelé que la dérive morale ne s’enseigne pas dans les programmes. La crise est plus profonde : elle touche à la vocation même de l’université. Être universitaire, c’est incarner un humanisme, porter des valeurs, être un repère, a-t-il souligné. Dans cette perspective, l’héritage de l’ancien CMS (Collège Moderne Scientifique) — articulation entre science et foi — apparaît comme une ressource encore féconde pour repenser un humanisme chrétien en contexte africain. Tensions et zones d’ombre Trois tensions majeures ont traversé les échanges au cours de ce colloque. D’abord, l’ambiguïté coloniale du projet, qu’aucune lecture ne peut totalement dissiper. Ensuite, la responsabilité des élites formées, confrontées à des contextes qui fragilisent les acquis éthiques. Enfin, le risque d’auto-célébration inhérent à tout centenaire. Le mérite du colloque aura été de ne pas esquiver ces questions, ouvrant ainsi un espace de discernement réel. Une boussole pour l’avenir : le Pacte éducatif global Le Pacte éducatif global du Pape François apparaît comme une grille de lecture transversale. En recentrant l’éducation sur la personne, la justice et la fraternité, il rejoint en profondeur l’intuition ignatienne du magis. Appliqué à Kubama, il invite à des choix concrets : repenser les curricula, structurer les réseaux d’anciens, renforcer l’éducation à la citoyenneté et
Dia Mundial das Vocações em Mbanza Congo
Em Mbanza Congo, a recolha preparatória para o Dia Mundial de Oração pelas Vocações reuniu numerosos jovens empenhados em diversos caminhos vocacionais. Através da oração, da escuta e da reflexão, este encontro foi um convite a entrar na interioridade, lugar privilegiado de discernimento, e a deixar-se moldar por Cristo, Bom Pastor, modelo de toda a vocação. Uma diversidade de vocações em caminho No sábado, 25 de abril, realizou-se em Mbanza Congo a recolha preparatória para o Dia Mundial de Oração pelas Vocações. Participaram neste tempo forte espiritual: os seminaristas do Seminário Menor São Salvador, as aspirantes das Irmãs Franciscanas Missionárias de Maria e das Irmãs Franciscanas do Verbo Encarnado, os jovens dos grupos vocacionais das paróquias São Francisco de Assis (confiada aos jesuítas) e Nossa Senhora da Imaculada Conceição (catedral diocesana), bem como os do Centro Pastoral São Pedro (confiado aos Capuchinhos). Esta diversidade de participantes testemunhava a vitalidade dos caminhos vocacionais e a riqueza dos carismas presentes na Igreja local. A interioridade, caminho de encontro com Deus Sob o tema «A descoberta interior do dom de Deus», em sintonia com a mensagem do Santo Padre para o 63.º Dia Mundial de Oração pelas Vocações, a recolha convidou os jovens a entrar numa dinâmica de interioridade. O caminho da interioridade é um caminho de encontro com Deus. Trata-se de um percurso que passa pelo silêncio, pela escuta atenta da voz que ressoa no mais profundo do coração, sublinhou o pregador, o Padre Tekadiomona Nima. «A descoberta e o desenvolvimento da vocação convidam os cristãos – especialmente os jovens – a dedicar tempo ao silêncio para mergulhar na oração. Assim, a interioridade torna-se o lugar privilegiado de surgimento e de amadurecimento de toda a vocação», afirmou aos participantes. Num mundo marcado pelo ruído e pela dispersão, torna-se essencial criar espaços de recolhimento onde a voz de Deus possa ser escutada. A interioridade revela-se, assim, como «o lugar privilegiado de surgimento e de amadurecimento de toda a vocação». A partir do relato da vocação do jovem Samuel (1 Sm 3, 1-10.19-20), o Padre Tekadiomona insistiu na importância do acompanhamento espiritual no caminho vocacional. Aprender a reconhecer os movimentos interiores, deixar-se guiar e permanecer atento à presença de Deus constituem etapas essenciais deste percurso. A «oração do coração» foi proposta como um caminho concreto para habitar esta relação viva com o Senhor. Cristo, Bom Pastor, modelo de toda a vocação No domingo, 26 de abril, todos os participantes da recolha participaram na celebração eucarística na catedral de Mbanza Congo. A missa foi presidida pelo P. Tekadiomona Nima, SJ, também pregador da recolha, concelebrada pelo P. Lucien Nzamba, reitor do seminário menor, e pelo padre João Moio, antigo assistente do reitor. Na sua homilia, o celebrante desenvolveu o tema do Bom Pastor, no centro da liturgia do dia. Deus revela-se como o pastor fiel do seu povo, que nunca o abandona e continua a conduzi-lo por caminhos de salvação. Em Jesus Cristo, esta imagem cumpre-se plenamente: Ele é o pastor que conhece as suas ovelhas, caminha à sua frente e dá a vida por elas. À sua imagem, os fiéis são chamados a viver na confiança e a tornarem-se, por sua vez, pastores para os seus irmãos e irmãs, ao serviço da vida, da comunhão e da paz. Um compromisso luminoso para o futuro No final da homilia, os jovens dos grupos vocacionais das diferentes paróquias realizaram um gesto significativo: de vela acesa na mão, comprometeram-se a imitar Cristo, Bom Pastor, e a irradiar a sua luz neste mundo que tanto dela necessita. Este sinal simples, mas profundamente expressivo, manifestava o seu desejo de responder ao chamamento do Senhor e de se tornarem, cada um segundo a sua vocação, testemunhas do seu amor. Tekadiomona Nima, SJ – Mbanza Congo
Journée mondiale des vocations à Mbanza Kongo
À Mbanza Kongo, la récollection préparatoire à la Journée mondiale de prière pour les vocations a rassemblé de nombreux jeunes engagés sur des chemins vocationnels variés. À travers la prière, l’écoute et la réflexion, cette rencontre a été une invitation à entrer dans l’intériorité, lieu privilégié de discernement, et à se laisser façonner par le Christ, Bon Pasteur, modèle de toute vocation. Une diversité de vocations en marche Le samedi 25 avril, a eu lieu à Mbanza Kongo la récollection préparatoire à la Journée mondiale de prière pour les vocations. Ont pris part à ce temps fort spirituel : les petits séminaristes du Seminário Menor São Salvador, les aspirantes des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie et des Sœurs Franciscaines du Verbe Incarné, les jeunes des groupes vocationnels des paroisses São Francisco de Assis (desservie par les jésuites) et Nossa Senhora da Imaculada Conceição (la cathédrale diocésaine) ainsi que ceux du Centre pastoral São Pedro (desservi par les Capucins). Cette diversité de participants témoignait de la vitalité des chemins vocationnels et de la richesse des charismes présents dans l’Église locale. L’intériorité, chemin de rencontre avec Dieu Placée sous le thème « La découverte intérieure du don de Dieu », en écho au message du Saint-Père pour la 63ᵉ Journée mondiale de prière pour les vocations, la récollection a invité les jeunes à entrer dans une dynamique d’intériorité. Le chemin de l’intériorité est chemin de rencontre avec Dieu. C’est un chemin qui passe par le silence, celui de l’écoute attentive de la voix qui résonne au fond du cœur, a souligné le prédicateur, le Père Tekadiomona Nima. « La découverte et le développement de la vocation invite les chrétiens – plus particulièrement les jeunes – à consacrer un temps de silence pour plonger dans la prière. Ainsi, l’intériorité devient-elle le lieu privilégié d’émergence et de maturation de toute vocation», a-t-il confié aux participants. Dans un monde marqué par le bruit et la dispersion, il devient essentiel de créer des espaces de recueillement où la voix de Dieu peut être entendue. L’intériorité apparaît ainsi comme «le lieu privilégié d’émergence et de maturation de toute vocation», a-t-il souligné. S’appuyant sur le récit de la vocation du jeune Samuel (1 S 3, 1-10.19-20), le Père Tekadiomona a insisté sur l’importance de l’accompagnement spirituel dans le discernement sur le chemin vocationnel. Apprendre à reconnaître les mouvements intérieurs, se laisser guider et demeurer attentif à la présence de Dieu constituent des étapes essentielles sur ce chemin. La « prière du cœur » a été proposée comme une voie concrète pour habiter cette relation vivante avec le Seigneur. Le Christ, Bon Pasteur, modèle de toute vocation Le dimanche 26 avril, tous les participants à la récollection ont pris part à la célébration eucharistique à la cathédrale de Mbanza Kongo. La messe était présidée par le P. Tekadiomona Nima, SJ, également prédicateur de la récollection, entouré du P. Lucien Nzamba, recteur du petit séminaire, et de l’abbé João Moio, ancien assistant du recteur du petit séminaire. L’homélie s’est axée sur le thème du Bon Pasteur, au cœur de la liturgie du jour. Dieu se révèle comme le berger fidèle de son peuple, qui ne cesse de le guider sur des chemins de salut. En Jésus Christ, ce visage se manifeste pleinement : il est le pasteur qui connaît ses brebis, marche devant elles et donne sa vie pour elles, a souligné le célébrant. À la suite du Christ, les fidèles sont appelés à vivre dans la confiance et à devenir eux-mêmes des bergers pour leurs frères et sœurs, au service de la vie, de la communion et de la paix. Un engagement lumineux pour l’avenir Au terme de l’homélie, les jeunes des groupes vocationnels des paroisses présentes ont posé un geste fort : bougie allumée à la main, ils se sont engagés à imiter le Christ, Bon Pasteur, et à rayonner de sa lumière dans ce monde, qui en a tant besoin. Ce signe simple mais profond exprimait leur désir de répondre à l’appel du Seigneur et de devenir, chacun selon sa vocation, témoins de son amour. Tekadiomona Nima, SJ – Mbanza Kongo
Ordination diaconale à Rome: une célébration pascale au cœur de l’universalité jésuite
Fidèle à la tradition du Collegio Internazionale del Gesù (Rome), l’ordination diaconale se tient habituellement le mardi de l’Octave de Pâques en l’église du Très Saint Nom de Jésus (le Gesù), église-mère de la Compagnie de Jésus. Cette année toutefois, la célébration a revêtu un caractère exceptionnel : en raison des travaux de restauration en cours au Gesù, menés par le ministère italien de la Culture, elle s’est déroulée le 7 avril 2026 dans la Basilique papale Sainte-Marie-Majeure, offrant à cet événement une solennité particulière. Une mosaïque universelle au service de l’Évangile Ils étaient quatorze compagnons à s’avancer vers l’autel pour être ordonnés diacres. Parmi eux, les scolastiques Benito Lelo Ndudi, SJ et Honoré Mbaya Molola, SJ représentaient la Province d’Afrique centrale (ACE). À elle seule, la liste des ordinands donnait à voir le visage universel de la Compagnie de Jésus : Carlos Enrique Morales (Pérou), F. X. Tran Van Cuong (Vietnam), Gabriel Owusu Adjei (Ghana), Gregorius Agung Satriyo Wibisono (Indonésie), Guillaume Semugisha (Burundi), Jean Hervé Delphonse (Haïti), Jesús Manuel Roa (Mexique), Martins Emeka Duru (Nigéria), Nobert Rwodzi (Zimbabwe), Pingal Lakra et Vicky Lal (Inde), ainsi que Taylor Quentin Fulkerson (États-Unis). Autant d’origines qui, réunies dans une même célébration, illustrent avec force la catholicité de l’Église et la vocation universelle de la Compagnie. Cette diversité culturelle, loin d’être un simple fait sociologique, apparaît comme une richesse spirituelle : un corps apostolique unifié dans la mission, mais riche de ses langues, de ses histoires et de ses sensibilités. Une liturgie habitée par la prière et la communion La célébration eucharistique s’est déroulée dans une atmosphère de profond recueillement. La liturgie, particulièrement soignée, a été magnifiée par le talent du maître de chant du Collegio, Eloi Kataka, SJ (ACE), dont l’animation a contribué à porter la prière de l’assemblée. Présidée par Son Éminence le Cardinal Peter Turkson, Chancelier des Académies pontificales des Sciences, la messe a réuni de figures majeures de la Compagnie de Jésus, notamment le Préposé général, le Père Arturo Sosa, SJ, son Délégué pour les maisons romaines internationales, le Père Johan Verschueren, SJ, ainsi que le Recteur du Collegio, le Père William Keith Abranches, SJ. Le nouveau Provincial nommé de l’ACE, le Père Dominique Dhedya, SJ, était également présent, aux côtés de plus de soixante prêtres, jésuites et autres, venus soutenir les ordinands. La présence joyeuse des compagnons de l’ACE en mission à Rome a encore renforcé cette communion fraternelle. « Connaître, aimer et suivre le Christ » Dans son homélie, s’appuyant sur les lectures du jour (Ac 2, 36-41 ; Ps 32 ; Jn 20, 11-18), le Cardinal Turkson a magnifié le mystère pascal, rappelant que la Résurrection demeure l’appel fondamental à contempler l’amour infini de Dieu manifesté dans le Christ. Faisant le lien entre le don de l’Esprit Saint dans les Actes des Apôtres et l’appel personnel adressé à Marie-Madeleine dans l’Évangile, le prélat Ghanéen a invité les ordinands à cultiver une intimité profonde avec le Christ ressuscité. Dans une référence explicite aux Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, il les a encouragés à ancrer leur ministère diaconal dans une expérience personnelle du Seigneur, afin de mieux le connaître, l’aimer et le servir dans leurs frères et sœurs. La fidélité à l’oraison (prière) quotidienne, a-t-il souligné, demeure le fondement et la force de toute mission. Les nouveaux diacres et les compagnons de l’ACE à Rome Une joie partagée dans la simplicité fraternelle À l’issue de la célébration, la communauté San Pietro Canisio a offert un cadre chaleureux pour un banquet festif réunissant les nouveaux diacres, leurs proches, leurs compagnons jésuites et leurs amis. Ce moment de convivialité a prolongé la grâce de la liturgie dans une joie simple et fraternelle. Tout en souhaitant un ministère diaconal fécond aux Pères Benito et Honoré, nous rendons grâce au Seigneur qui les a appelés à devenir compagnons de son Fils, Jésus le Ressuscité. À travers eux, c’est toute la Compagnie qui se voit interpelée dans sa mission : être, à la suite du Christ ressuscité, servante de l’Évangile et témoin d’une espérance offerte à tous. Zihalirwa MushagalusaCollegio Internazionale del Gesù
Mois de mars: Mémoire d’un feu missionnaire aux origines de la Compagnie de Jésus en Afrique centrale
Le mois de mars porte une mémoire particulière pour la Compagnie de Jésus en Afrique centrale. Deux dates s’y inscrivent comme des repères fondateurs : le 18 mars 1548, qui marque l’arrivée des premiers jésuites au Royaume du Kongo, et le 30 mars 1893, jour où une nouvelle équipe missionnaire atteint Boma pour fonder la Mission du Kwango. Cent trente-trois ans plus tard, ces anniversaires ne relèvent pas seulement du souvenir historique : ils invitent à raviver, pour aujourd’hui, le feu missionnaire qui continue d’animer la Province. Boma, 30 mars 1893 : une mission semée dans la foi Le jeudi saint 30 mars 1893, une équipe de trois jésuites posait le pied à Boma: il s’agit des Pères Émile Van Hencxthoven, supérieur de la mission de 1893 à 1902, Dumont, et du Frère Lombary. Leur arrivée n’était pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’un élan spirituel et apostolique longuement préparé. Quelques semaines auparavant, rapporte Mgr Fernand Mukoso (Cf. Les origines et les débuts de la Mission du Kwango (1879-1914), p. 76), le Père Van Hencxthoven avait lancé, en Europe, de véritables croisades de prière, invitant les fidèles à soutenir cette mission naissante par leurs intercessions et leurs bonnes œuvres. Dès l’origine, la Mission du Kwango apparaît ainsi comme une œuvre portée autant par la prière que par l’engagement apostolique. Ce premier groupe sera rejoint un mois plus tard par les Frères De Sadeleer et Justin Gillet, qui marquera durablement la région en fondant plus tard le célèbre jardin botanique de Kisantu; signe que l’annonce de l’Évangile s’est aussi accompagnée d’un travail patient au service du développement humain. Une mémoire plus ancienne : les premières missions au Royaume du Kongo Si la Mission du Kwango marque un tournant décisif, elle n’est pourtant pas la première présence jésuite en Afrique centrale. Dès le 18 mars 1548, sous le généralat de Saint Ignace de Loyola, quatre jésuites atteignent Mbanza Kongo, dans l’actuelle Angola, grâce à la médiation de l’ambassadeur Diogo Gomes, prêtre Kongo d’ascendance portugaise. Celui-ci entrera dans la Compagnie de Jésus en 1549 sous le nom de Cornelius Gomes, devenant probablement le premier jésuite africain de l’histoire (cf. Festo Mkenda, St. Ignatius’ interest for Africa – Kingdom of Kongo – The Society of Jesus). Cette première mission, bien que brève, ouvre une page importante de l’histoire missionnaire. Les jésuites quittent le Kongo en 1555, dans un contexte de tensions avec le roi Diogo Ier. Ils y reviendront vers le dernier quart du 16ᵉ siècle, où leur présence se prolongera pendant près d’un siècle, avant une nouvelle expulsion en 1674. Entre-temps, invités à Luanda, où les Portugais s’étaient également établis, ils y demeureront jusqu’à leur expulsion en 1759, à la suite des mesures prises par le marquis de Pombal contre la Compagnie dans les territoires portugais. Le retour en Afrique centrale et l’héritage d’une double fondation Avec la Mission du Kwango, la Compagnie de Jésus fait son retour durable dans ce qui constitue aujourd’hui la République démocratique du Congo. Il faudra cependant attendre octobre 1973 pour qu’elle reprenne officiellement sa présence en Angola. L’actuelle Province jésuite d’Afrique centrale (ACE), qui englobe la RDC et l’Angola, se comprend ainsi comme l’héritière de ces deux grands moments missionnaires : celui du 16ᵉ siècle, dans les premières tentatives d’évangélisation dans le Royaume du Kongo, et celui du 19ᵉ siècle, avec le grand élan missionnaire de la seconde évangélisation de l’Afrique profonde. Ces deux dates – le 18 mars et le 30 mars – inscrites au cœur du même mois, ne sont pas de simples repères chronologiques. Elles rappellent que la vocation jésuite est profondément missionnaire : une disponibilité à être envoyés « aux frontières », là où l’Évangile doit encore être annoncé, accueilli et incarné. Honorer la mémoire des pionniers et raviver aujourd’hui le feu missionnaire Faire mémoire de ces débuts, c’est aussi honorer les figures des pionniers de la mission, parmi lesquels figure le P. Émile Van Hencxthoven, dont nous célébrerons le 6 avril prochain le 120ᵉ anniversaire de la mort. Il s’éteint en 1906 à Wombali, au terme d’une vie donnée sans réserve à la mission. Son engagement, marqué par une foi audacieuse et une grande capacité d’initiative, témoigne de ce qu’a été, dès l’origine, la mission jésuite en Afrique centrale : une présence humble, souvent fragile, mais enracinée dans une confiance profonde en Dieu et dans un amour concret pour les peuples rencontrés. En célébrant ces anniversaires, la Province d’Afrique centrale ne se tourne pas seulement vers son passé. Elle est invitée à se laisser interpeller pour aujourd’hui. Le feu missionnaire qui animait les premiers compagnons ne relève pas d’une époque révolue ; il demeure le cœur battant de l’identité jésuite. Du Royaume du Kongo à la Mission du Kwango, des pionniers du 16ᵉ siècle aux jésuites d’aujourd’hui, une même histoire se déploie : celle d’un envoi, d’une présence et d’un service, entre fragilités indéniables et zèle ardent. Dans un contexte marqué aujourd’hui par de nouveaux défis – politiques, sociaux, culturels, écologiques et ecclésiaux – , cette mémoire appelle à renouveler la disponibilité, la créativité et le courage apostolique. La Compagnie de Jésus en Afrique centrale est appelée à continuer d’écrire cette histoire, non pas en répétant le passé, mais en laissant l’Esprit ouvrir des chemins nouveaux, au service de l’Évangile et des peuples auxquels elle est envoyée. Par Christian Kombe Lele, SJ
Voyage apostolique du Pape Léon XIV en Angola
Le 25 février 2026, le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a confirmé les premiers voyages apostoliques du Pape Léon XIV pour l’année en cours. Parmi eux, un déplacement en Angola est prévu du 18 au 21 avril, avec des étapes à Luanda, Muxima et Saurimo. Les déplacements du Souverain Pontife se déclinent sous deux formes distinctes. La visite pastorale concerne le diocèse de Rome, où le Pape exerce sa mission d’évêque. Le voyage apostolique, quant à lui, s’inscrit dans une dimension universelle, le conduisant dans différents pays à la rencontre des Églises locales. Le programme annoncé pour 2026 témoigne de cette ouverture : dix jours en Afrique (Algérie, Cameroun, Angola et Guinée équatoriale), une étape à Monaco et six jours en Espagne, notamment à Madrid, Barcelone et aux îles Canaries. Au-delà de leur dimension protocolaire, ces visites sont avant tout des moments de grâce pour les Églises particulières. Elles permettent au Pape de manifester sa proximité, d’encourager les fidèles et de les confirmer dans la foi. Elles sont également porteuses d’une mission plus large : promouvoir la paix, encourager le dialogue interreligieux et œcuménique, et rappeler l’attention constante de l’Église aux plus vulnérables. C’est dans cette perspective que les rencontres avec les migrants, les réfugiés ou encore les bénéficiaires des œuvres caritatives figurent régulièrement au cœur du programme pontifical. Ces visites expriment concrètement une Église en sortie, attentive aux réalités du monde et engagée au service de la dignité humaine. P. Avelino Chicoma Bundo Chico,directeur de cabinet au Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral Voir l’intégralité du programme: https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2026/03/16/0208/00394.html#fra
Visita apostólica de Sua Santidade Papa Leão XIV em Angola
A 25 de fevereiro, o Director da Sala de Imprensa da Santa Sé, Matteo Bruni, confirmou as primeiras viagens apostólicas do Papa Leão XIV para 2026. O Papa visitará Angola entre 18 e 21 de abril, nomeadamente Luanda, Muxima e Saurimo. As visitas papais podem assumir duas formas: visita pastoral ou viagem apostólica. A visita pastoral refere-se à deslocação do Papa a uma das paróquias da diocese de Roma, na sua qualidade de bispo desta. Por seu turno, a viagem apostólica é realizada a um ou vários países. O programa anunciado no dia 25 compreende dez dias em África (Argélia, Camarões, Angola e Guiné Equatorial), um dia no Mónaco e seis dias em Espanha (Madrid, Barcelona e Ilhas Canárias). Tanto a visita pastoral como a viagem apostólica constituem eventos significativos para a Igreja particular. Além de se reunir com a comunidade católica local para expressar proximidade, escuta e confirmação na fé, a visita visa promover a paz, o diálogo inter-religioso e o ecumenismo. O programa de visita de um Papa inclui sempre um contacto com as comunidades mais vulneráveis. Não é de admirar que os migrantes, os refugiados e as pessoas apoiadas pela Cáritas constem do programa da visita do Santo Padre. Pe. Avelino Chico, SJDirector do gabinete do Discatério para a o desenvolvimento Integral e humano Veja o programa completo: https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2026/03/16/0208/00394.html#por
Carême: Récollection des parents des jésuites à Bukavu
À l’approche des célébrations pascales, les parents des compagnons jésuites résidant à Bukavu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, se sont réunis pour un temps de récollection au Collège Alfajiri, le dimanche 15 mars 2026, quatrième dimanche de Carême, dit Laetare (« Réjouissez-vous! »). Plus qu’une simple rencontre, cette journée s’est donnée comme un moment de ressourcement spirituel, où les familles des nôtres, intimement liées à la vocation de leurs fils, ont été invitées à entrer plus profondément dans la dynamique de conversion propre au temps du Carême. Le Carême, un chemin de conversion et de recentrement Animée par le scolastique Albert Kasongo, SJ, en régence au Collège Alfajiri, la récollection a rassemblé, plus de vingt-cinq parents autour du thème : « Avec l’Église famille de Dieu, transformons-nous pour ressusciter avec le Christ ». L’animateur a aidé les participants à entrer dans le sens de cette démarche spirituelle. « Le Carême, a-t-il rappelé, n’est pas d’abord une succession de pratiques, mais un chemin intérieur de conversion, où chacun est appelé à reconnaître ses égarements et à se tourner résolument vers Dieu.» Structurant son partage autour de trois sous-thèmes — le sens du Carême, le message du pape Léon XIV et le vœu d’obéissance dans la Compagnie de Jésus — il a mis en lumière les fondements de ce temps liturgique. La prière, la pénitence et le partage en constituent les piliers essentiels, non comme des obligations extérieures, mais comme des moyens concrets de recentrer la vie sur l’essentiel, a-t-il souligné. Remettre Dieu au centre : un appel pour aujourd’hui S’appuyant sur le message de Carême 2026 du pape Léon XIV, intitulé « Écouter et jeûner : le Carême comme un temps de conversion », le P. Kasongo a insisté sur une invitation centrale : remettre le mystère de Dieu au centre de notre existence. Dans un monde marqué par la dispersion, les inquiétudes et les sollicitations multiples, ce recentrement apparaît comme une urgence spirituelle. Il s’agit, concrètement, de replacer Dieu au centre de nos pensées, de nos choix et de nos actions. La prière fidèle, l’examen de conscience, l’adoration eucharistique, la vie sacramentelle et la participation à la vie ecclésiale sont autant de chemins qui permettent d’habiter ce mouvement de conversion. Ainsi compris, le Carême devient un véritable temps de préparation à la Pâque, où le cœur se purifie pour accueillir la joie de la Résurrection. Comprendre la mission jésuite : l’obéissance comme disponibilité Dans un dernier temps, le P. Kasongo a brièvement éclairé les participants sur le sens du vœu d’obéissance dans la Compagnie de Jésus. Loin d’être une contrainte, celui-ci exprime une disponibilité radicale à la mission, reçue à travers le supérieur qui tient, pour le jésuite, la place du Christ. « La mission ne se négocie pas, elle se reçoit », a-t-il souligné, invitant à comprendre l’obéissance comme un chemin de liberté intérieure, de détachement et de confiance. Pour ces parents, cette réflexion a permis de mieux saisir la dynamique spirituelle qui sous-tend la vocation de leurs fils, et de s’y associer intérieurement. Une communion discrète mais réelle La récollection s’est achevée par la célébration eucharistique et une photo souvenir, dans une atmosphère de simplicité et de joie fraternelle. Au-delà de l’événement lui-même, cette rencontre donne à voir une réalité souvent discrète mais essentielle : celle des familles qui, dans la prière et la fidélité, accompagnent le chemin vocationnel de leurs enfants. En ce temps de Carême, elles apparaissent, elles aussi, comme engagées dans un chemin de conversion et de disponibilité, participant à leur manière à la mission de l’Église.
À Nairobi, cinq jésuites de l’ACE ordonnés diacres: un “oui” au service de l’Église universelle
C’est dans une église Notre-Dame de Guadalupe comble que vingt-trois candidats – dont quinze jésuites, cinq assomptionnistes et trois carmélites de l’Assomption, tous étudiants à Hekima University College – ont été ordonnés diacres samedi 14 février 2026, à Nairobi. Parmi eux, cinq jésuites de la Province d’Afrique centrale : Patient Aganze, Joseph Kambale, Christian Kombe, Camille Mukoso et Pierre-Guelord N’situ. Entourés de leurs familles et amis venus de la République démocratique du Congo, mais aussi de France, Belgique, Tanzanie ou établis au Kenya, ils ont vécu cette étape majeure au cœur d’une assemblée vibrante d’action de grâce. Au début de la célébration, les candidats ont été présentés par le Père José Minaku, Président de la Conférence des Jésuites d’Afrique et de Madagascar (JCAM), à Son Excellence Mgr Hubertus Matheus Maria von Megen, nonce apostolique au Kenya, qui a présidé l’Eucharistie et conféré l’ordination diaconale, avec la permission de l’archevêque de Nairobi, Mgr Philippe Anyolo. Dans son homélie, le nonce apostolique a puisé dans la première lecture tirée du Livre des Nombres, évoquant l’institution des lévites, mis à part pour le service du culte. À partir de cette figure biblique, il a établi un parallèle éclairant avec le ministère diaconal, soulignant que l’ordination n’est pas d’abord une fonction, mais une mise à part pour Dieu. S’adressant directement aux ordinands, il leur a rappelé qu’à l’image des lévites, ils vivent désormais «une union spéciale, un attachement particulier au Seigneur», car «Dieu vous réclame, il veut que vous soyez saints pour lui». Cette consécration, a-t-il poursuivi, trouve une expression concrète dans le célibat et la chasteté, signes d’un don total au Christ.Mais cet attachement, a-t-il précisé, ne peut reposer sur les seules forces humaines: il est d’abord œuvre de la grâce. «C’est pourquoi durant la liturgie de l’ordination diaconale, le diacre promet d’être fidèle dans la célébration de la liturgie des heures pour l’Église et le monde entier.» Le diacre ne peut vivre sa vocation que dans «une foi profonde, un attachement profond à Dieu», enraciné dans le service de l’autel, du prêtre et de la communauté. Il s’agit, en définitive, de «rendre gloire à Dieu et servir l’Église », a-t-il souligné. La célébration, animée avec beauté et ferveur par la chorale universitaire de Hekima, a été à la hauteur de l’événement : joyeuse, priante et recueillie. Au terme de la messe, le P. Emmanuel Foro, recteur du théologat jésuite de Hekima University College, a exprimé, au nom des nouveaux diacres, une parole de gratitude envers Dieu et l’assemblée. Il a remercié le nonce apostolique, le président du JCAM, les provinciaux jésuites présents (cinq d’entre eux avaient fait le déplacement), les supérieurs majeurs et locaux d’instituts religieux, le délégué jésuite pour la formation du Sri Lanka, les formateurs et collaborateurs de Hekima, ainsi que les familles et amis venus de différents pays. Il a également souligné la dimension véritablement universelle de cette ordination – les nouveaux diacres proviennent de neuf pays : Sri Lanka, Inde, Ghana, Nigeria, Togo, RDC, Madagascar, Zimbabwe et Kenya – invitant l’assemblée à continuer à les accompagner et à soutenir dans leur miistère. Après l’Eucharistie, la célébration s’est prolongée par des photos et un déjeuner festif dans l’enceinte de la communauté de Hekima University College, dans une atmosphère faite de gratitude, de joie et de fraternité. Témoignages Joseph Kambale Kasumba, SJ : « Le 14 février 2026, une date et une journée qui a parlé d’elle-même. Au matin de ce jour particulier, j’ai compris que tous les jours ne se ressemblent pas, il y a ceux qui marquent les mémoires. Ce jour-là, avec mes compagnons nous avons été appelé à quitter nos ombres pour revêtir une autre tunique, plus claire et en même temps plus fragile. L’homélie prononcée par le nonce apostolique m’avait fait comprendre que le diaconat n’est pas un grade, ni un honneur. C’est un commencement. Une première marche vers l’autel, mais surtout vers les autres. Dans la foule, des visages venus de loin. Des mères, des pères debout, fiers de voir leurs enfants grandir et jugés prêts pour le service du peuple de Dieu. Des amis, des frères, des sœurs en humanité qui ont traversé des kilomètres de route et de temps pour être témoins d’un seul mot : Oui, me voici! Et quand ce mot fut prononcé, tout s’est éclairé. J’ai compris que ce n’était pas une cérémonie, mais un nœud sacré, un lien tissé entre la terre et le ciel, entre ma famille de sang et la grande famille des croyants, entre ce que j’étais et ce que je deviens. Ce n’est pas un aboutissement, c’est une porte. Derrière elle, une vie entière à donner, à servir, à aimer sans compter. Une vie pour les autres, avec les autres, parce qu’eux aussi ont fait la moitié du chemin. Ce jour-là, l’Église n’a pas seulement ordonné des diacres. Elle a béni des promesses, et dans chaque cœur présent, quelque chose de nouveau a germé. » Christian Kombe Lele, SJ: «En pensant au diaconat, trois grandes figures surgissent d’emblée dans mon esprit. La première est celle de saint Étienne, le proto-martyr. Figure éminente du groupe des Sept institués par les Apôtres pour le service – notamment la distribution de la nourriture aux veuves de la première communauté chrétienne (cf. Ac 6) – il apparaît aussi, dans les Actes des Apôtres, comme un puissant témoin de l’annonce de l’Évangile aux premières heures de l’Église. Son annonce courageuse du Kérygme devant le Sanhédrin le conduit jusqu’au témoignage suprême: il meurt en pardonnant à ses bourreaux, configuré au Christ jusque dans l’offrande de sa vie. La deuxième figure est celle de saint Laurent, diacre et martyr de l’Église de Rome au temps des persécutions du IIIᵉ siècle. Le récit de son martyre met en lumière sa charité héroïque. Chargé des biens de l’Église, il choisit de les distribuer aux pauvres plutôt que de les livrer aux persécuteurs qui les réclamaient. En présentant les pauvres comme le véritable trésor de l’Église, il manifeste que le diaconat est inséparablement lié au service concret
Protéger les mineurs et les adultes vulnérables à l’école: une responsabilité partagée
Dans le cadre de leur mission éducative, l’Institut Technique et Professionnel de Kikwit (ITPK) et le Collège Sadisana ont organisé mardi 26 janvier 2026 une conférence consacrée à la protection des mineurs et des adultes vulnérables en milieu éducatif. Animée par le Père Augustin Kalubi, SJ, délégué du Père Provincial pour l’éducation, cette rencontre s’inscrit dans la mise en œuvre de la politique de sauvegarde et de protection de la Province jésuite d’Afrique Centrale (ACE), visant à prévenir, détecter et traiter toute forme d’abus ou d’exploitation dans ses établissements scolaires. L’initiative répond à une conviction forte : garantir un environnement éducatif sain, sûr et respectueux de la dignité humaine n’est pas une option, mais une responsabilité partagée qui engage l’ensemble de la communauté éducative. Une politique provinciale au service de la dignité humaine Présente en Angola et en République Démocratique du Congo, la Province d’Afrique Centrale de la Compagnie de Jésus s’est dotée d’une politique spécifique de protection des enfants et des adultes vulnérables dans ses institutions. Sont concernés non seulement les mineurs, mais aussi toute personne dont la capacité à se défendre ou à s’exprimer est fragilisée en raison de l’âge, d’un handicap, d’une dépendance ou d’une situation de précarité sociale ou professionnelle. Cette politique s’appuie à la fois sur les cadres juridiques nationaux et internationaux et sur les valeurs éducatives et spirituelles de la tradition jésuite, pour laquelle le respect de la personne et la promotion de la justice constituent des piliers fondamentaux. Créer un climat de confiance et de sécurité Au cœur de son intervention, le Père Kalubi a rappelé avec insistance que tout établissement scolaire doit être un sanctuaire de la dignité humaine: un lieu de confiance, de respect et de sécurité. À ce titre, les membres du personnel éducatif et toute personne impliquée dans l’encadrement des élèves et des adultes vulnérables sont appelés à adopter des attitudes claires et responsables. Il s’agit notamment de traiter chacun avec respect et dignité, de favoriser un climat d’écoute et de dialogue permettant aux personnes fragiles d’exprimer leurs difficultés, d’exclure tout comportement violent, discriminatoire ou dégradant, ainsi que toute forme d’abus verbal, physique, sexuel ou d’autorité. Une vigilance particulière est également demandée quant aux situations d’isolement injustifié, aux échanges ambigus ou à l’utilisation des outils de communication, afin de maintenir une séparation nette entre vie professionnelle et vie personnelle. Des mécanismes clairs de prévention et de signalement La conférence a également précisé les dispositifs concrets mis en place par l’ACE. Chaque établissement est tenu de désigner un Chargé de la Protection de l’Élève et de la Personne Adulte vulnérable (CPEA). Cette personne de référence est chargée de recevoir les signalements, de conduire des enquêtes préliminaires dans la confidentialité, de proposer des mesures conservatoires de protection, d’orienter les victimes vers un accompagnement approprié et de discerner les situations relevant d’une médiation éducative de celles devant être transmises aux autorités judiciaires compétentes. Par ailleurs, tout nouveau membre de la communauté éducative est tenu de suivre une session d’accueil et d’initiation au protocole de protection, de signer une déclaration d’engagement et de fournir des références attestant de son aptitude à travailler auprès de mineurs ou de personnes adultes vulnérables. Une responsabilité partagée Au terme de la rencontre, l’intervenant a rappelé que la protection des mineurs et des adultes vulnérables ne se réduit ni à une exigence administrative ni à une contrainte juridique. Elle constitue une mission éducative, éthique et profondément humaine, qui engage enseignants, personnel administratif, élèves et familles. C’est par la collaboration, la vigilance et l’appropriation concrète des outils mis en place que les établissements scolaires peuvent demeurer des espaces sûrs, épanouissants et exempts de toute forme d’abus. En s’inscrivant résolument dans cette dynamique, l’Institut Technique et Professionnel de Kikwit et le Collège Sadisana réaffirment leur volonté d’offrir à tous un cadre éducatif fondé sur le respect, la protection et la dignité de la personne. Hussein Mosiko, SJ