La dernière route d’un missionnaire de brousse: Hommage au père Jef De Pril, SJ

Le vendredi 2 janvier 2026, le père Jozef De Pril, SJ, affectueusement appelé Jef, s’est éteint à l’hôpital Gasthuisberg de Louvain. L’annonce officielle de son décès a été faite le lendemain par le supérieur régional des Jésuites aux Pays-Bas et en Flandre, le père Marc Desmet, SJ.
Âgé de 82 ans, le Père De Pril appartenait à la communauté jésuite de Heverlee et à la Province d’Afrique centrale, à laquelle il a consacré plus de cinquante années de sa vie missionnaire, essentiellement en République démocratique du Congo.

La messe d’adieu a été célébrée le samedi 10 janvier à Heverlee-Louvain, avant les obsèques au cimetière De Jacht. Avec lui disparaît une figure discrète mais marquante de la présence missionnaire jésuite belge en terre congolaise.

D’Ophasselt à la brousse congolaise: un itinéraire missionnaire

Né le 10 avril 1943 à Ophasselt, en Belgique, Jozef De Pril entre dans la Compagnie de Jésus le 7 septembre 1962 à Drongen. Après des études de philosophie à Eegenhoven et Namur, puis de théologie à Eegenhoven, il est ordonné prêtre en 1973.

Dès 1974, il est envoyé au Congo. Après une période d’apprentissage linguistique, il assume divers services pastoraux avant de revenir en Belgique en 1977 pour des études supérieures. En 1979, après ses derniers vœux, il repart au Congo, appelé alors Zaïre. À partir de là, son nom se confond avec un apostolat et un style de vie : celui du missionnaire itinérant, parcourant villages et pistes de terre dans les provinces du Kwango et du Kwilu : Mawanga, Kikombo et surtout Djuma, où il vivra près de quarante ans et partagera sa mission notamment avec le père Guy Brichard.

Jusqu’à un âge avancé, le Père De Pril sillonne la brousse, administrant les sacrements, formant les catéchistes, soutenant les communautés chrétiennes isolées. En octobre 2025, affaibli par la maladie, il regagne la Belgique pour des soins.

«Un homme de la route et de la poussière»

Pour le Père John Allary Munganga, qui a été son compagnon de mission à Djuma, Jef De Pril fut avant tout «un homme de la route et de la poussière, un pasteur qui a choisi de marcher avec son peuple», partageant la vie des oubliés dans un style profondément évangélique: «aller à la rencontre, écouter, demeurer».

Le Père De Pril «a marché sur les routes poussiéreuses et marécageuses du Kwango et du Kwilu pour servir ses frères et sœurs», administrant les sacrements, accompagnant les malades, réconciliant les familles. Il incarnait une présence humble et fidèle, au point d’être appelé «mundele-ndombe», un “Blanc devenu Noir”. Sa vie, souligne le Père Munganga, fut une longue itinérance spirituelle, désormais accomplie dans le repos de Dieu.

Un compagnon solide et polyvalent

Le Père Séverin Mukoko, qui a aussi vécu avec lui à Djuma à partir de 2013, dresse le portrait d’un homme à la fois rigoureux, joyeux et extraordinairement polyvalent.
Missionnaire, mécanicien, archiviste, électricien, conseiller pastoral: Jef savait tout faire, et surtout se rendre disponible.

Il rappelle le rituel immuable des départs en itinérance, la préparation minutieuse du véhicule, les caisses de registres, les outils, les objets liturgiques, autant de signes d’une mission vécue dans la durée. Grâce à lui, souligne-t-il, les registres paroissiaux de Sain Guy Djuma sont parmi les rares à être tenus sans interruption depuis 1919.

«Il s’est donné lui-même pour les autres et il a su offrir tout ce que le Seigneur lui a fait comme dons, voir son propre sang qu’il donnait, avec le conseil de ses médecins, chaque deux mois à la banque du sang de l’Hôpital Général de Référence de Djuma», témoigne le Père Mukoko.

Un pèlerin infatigable

Erick Lenga, qui l’a connu comme stagiaire et régent, se souvient d’un homme qui ne se présentait jamais comme un chef, mais comme un pèlerin. Pour le Père De Pril, la mission n’était pas d’abord affaire de structures, mais de présence: partager les repas, écouter longuement, accompagner spirituellement, discerner avec.

Sa fidélité à la tradition ignatienne se manifestait dans une vie rythmée par la prière, l’examen de conscience et l’Eucharistie. Convaincu que Dieu était déjà à l’œuvre dans les villages avant son arrivée, il se voyait comme un humble accompagnateur de cette présence divine.

«Il est retourné vers Dieu qu’il nous a appris à aimer», dira simplement un villageois après son décès.

L’un des derniers «broussards» héroïques

Avec le départ du Père Jef De Pril, c’est une page de l’histoire missionnaire qui est en train de se tourner. Il était l’un des derniers survivants de cette génération de broussards héroïques, qui ont choisi de s’enraciner durablement dans les terres congolaises, loin des centres, au plus près des populations rurales. Sa vie aura laissé le témoignage d’une fidélité silencieuse à l’annonce du Christ auprès des communautés rurales du Congo profond.

Par Christian Kombe, SJ

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