Une école du cœur, pour une vie-mission : entretien avec le Père Stanislas Kambashi, SJ

À l’issue de son Troisième An vécu à Cape Coast, au Ghana (22 juin – 5 décembre 2025), le Père Stanislas Kambashi Mbeshi revient sur cette étape décisive de sa formation jésuite. Entre retour aux sources ignatiennes, approfondissement de l’« école du cœur » et relecture de l’identité du compagnon de Jésus comme vie-mission, il évoque comment ce temps de probation ultime a affiné sa liberté intérieure, renouvelé son désir de servir et préparé son retour à la mission avec une disponibilité plus large et plus enracinée.
Entré dans la Compagnie de Jésus le 21 septembre 2008 et ordonné prêtre le 10 juillet 2021, le Père Kambashi est actuellement supérieur de la communauté San Pietro Canisio à Rome.

En une phrase, comment décririez-vous ce que le Troisième An à Cape Coast a été pour vous, à ce moment de votre cheminement dans la Compagnie de Jésus ?

Le troisième An a été pour moi un moment d’apprentissage et d’approfondissement, de retour aux racines de la Compagnie, à la source de l’inspiration qui a guidé Ignace et les premiers compagnons ; aux textes qui en témoignent et à ceux qui ont été écrits au long des siècles, et qui nous parlent et orientent les modii vivendi et procedendi de la Compagnie de Jésus.

Saint Ignace parle du Troisième An comme d’une « école du cœur ». Qu’est-ce que cette expression a pris comme sens concret pour vous durant ces six mois ?
Qu’est-ce que cette école vous a appris ou rappelé d’essentiel dans votre relation au Seigneur et à la Compagnie ?

Les paroles du Christ : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » peuvent nous aider à comprendre pourquoi parler du Troisième An comme d’une « école du cœur », dans le sens où cette période de formation prépare le cœur à entrer totalement dans la Compagnie de Jésus, avec tout ce que je suis, avec tout mon moi, avec tout ce que je suis et tout ce que j’ai. C’est le don total. L’expression latine utilisée pour « école du cœur » est « schola affectus », et renvoie à la manière dont je suis affecté ou je me laisse affecter par les choses, à la manière dont je vis, je comprends les choses et la signification que je leur donne. Ce temps est alors une opportunité pour grandir dans l’humilité, l’abnégation et la connaissance du Christ, tout en faisant voir les choses sous une lumière nouvelle. C’est donc un moment où l’on apprend à aimer davantage, à grandir dans l’amour de Dieu et pour la Compagnie. Dans ce sens, je peux témoigner qu’il y a un plus qui s’est ajouté dans ma vie comme personne et comme jésuite. Il est vrai que plus on va en profondeur, plus on découvre la grandeur de l’œuvre qui a commencé et continue avec le doigt de Dieu, et plus on se sent porté à y poursuivre son cheminement et à s’y engager davantage et définitivement. L’un des sens que cette expression a eu pour moi est celui « d’avoir les mêmes sentiments que le Christ », comme dit saint Paul dans sa Lettre aux Philippiens ; ou, en m’inscrivant dans la même ligne que le père Pedro Arrupe, que mon cœur puisse battre comme celui du Christ afin d’aimer comme lui. Il s’agit de laisser mon regard sur la réalité et sur le monde être transformé par celui du Christ, afin de mieux travailler au salut des âmes.

En entrant dans la Compagnie de Jésus, vous avez effectué les Exercices spirituels durant le noviciat. Comment avez-vous vécu pour une seconde fois le mois des Exercices spirituels à ce moment précis de votre vie et de votre mission ?

Même si on fait les Exercices Spirituels chaque année ou souvent, à chaque fois qu’on le fait, c’est comme si c’était la première fois, par la manière dont l’Esprit vous guide et par la manière dont on se laisse conduire par l’accompagnateur. Cette deuxième grande retraite a été pour moi une expérience spirituelle intense, qui m’a donné un nouveau départ.

Le Troisième An est aussi une ultime probation. En quoi ce temps a-t-il confirmé, purifié ou approfondi votre désir de servir le Seigneur dans la Compagnie de Jésus ? Y a-t-il une grâce, une expérience ou une parole que vous emportez de ces six mois et qui éclaire déjà votre retour à la mission ?

L’un des aspects sur lequel a insisté le Troisième An est l’identité du jésuite. Le premier décret de nos congrégations générales porte sur la question de savoir : « Qui sommes-nous aujourd’hui ». Chaque époque apporte une réponse discernée en fonction des situations socio-ecclésiales dans lesquelles les jésuites vivent et œuvrent, mais en partant toujours de ce fondement : être compagnon de Jésus. Il s’agit alors, d’abord, d’ « être » avant de « faire ». Et le compagnon de Jésus étant toujours envoyé en mission, cette identité implique toujours et déjà la mission, au point qu’il convient de parler de notre « vie-mission ». L’être jésuite est toujours lié à sa mission, avec tout ce que cela implique. Je pense que c’est l’une des expressions-clés que j’emporte et qui éclaire mon retour en mission.

Le Troisième An s’est déroulé au Ghana, à Cape Coast, un lieu chargé d’histoire humaine et spirituelle. En quoi ce contexte africain a-t-il influencé votre cheminement intérieur ?

Il est vrai que le lieu où s’est déroulé mon Troisième An est chargé d’histoire humaine et spirituelle. Le Ghana est le pays de Kwame Nkrumah, grand panafricaniste au vrai sens du terme ; on y trouve le peuple Ashanti, dont le royaume n’avait jamais été colonisé. Marqués par un héritage spirituel profond, exprimé notamment à travers les Adinkra Symbols, les ghanéens sont un peuple accueillant, respectueux et pacifique. Cape Coast est la première capitale du Ghana. Une personnalité comme Koffi Hannan y a fait une partie de ses études. A quelques kilomètres de cette ville, sur l’océan Atlantique, se trouve le Château d’Elmina, d’où partaient de nombreux hommes et femmes réduits en esclavage vers l’Occident. Des dizaines des milliers d’Africains y ont subi des traitements inhumains. Ceux qui n’ont pas laissé leur peau à cet endroit ont connu la rude épreuve de la traite transatlantique. L’histoire parle et ne peut nous laisser indifférents. Quand on prie ou on réfléchit sur notre vie-mission, on a tout ceci dans l’esprit, et l’engagement dans la promotion de la justice pour ceux qui subissent des injustices de la part des plus forts prend tout son sens.

En reprenant votre route vers la communauté Canisio à Rome, avec quelle liberté ou disponibilité nouvelle vous sentez-vous envoyé ?

Puisque je me suis senti renouvelé et revigoré intérieurement, c’est avec une liberté intérieure et une grande disponibilité et générosité que j’ai repris la route pour retrouver ma communauté et poursuivre ma mission.

Christian Kombe, SJ

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