Reunidos em Nairobi, no Quénia, por ocasião da 73.ª Assembleia Plenária da Conferência dos Jesuítas de África e Madagáscar (JCAM), os Superiores Maiores dedicaram cinco dias à oração, à reflexão e à partilha sobre o futuro da formação jesuíta. No centro dos trabalhos estiveram os desafios da preparação e do acompanhamento dos futuros Jesuítas, com vista à formação de homens capazes de responder, com discernimento e criatividade, às exigências da missão num mundo em transformação. Camille Mukoso, SJ O mundo está a mudar e, com ele, também as realidades às quais a Companhia de Jesus é chamada a responder. As transformações sociais, culturais, tecnológicas e eclesiais convidam a repensar as formas de preparar aqueles que, amanhã, levarão por diante a missão da Igreja e da Companhia. Foi nesta perspetiva que se realizou, de 21 a 25 de outubro de 2026, em Nairobi, no Quénia, a 73.ª Assembleia Plenária da Conferência dos Jesuítas de África e Madagáscar (JCAM). Ao longo de cinco dias, os Superiores Maiores das diferentes Províncias do continente e da grande ilha reservaram tempo para rezar, refletir e partilhar ideias sobre as orientações a dar à formação dos futuros Jesuítas. Ao longo das conversas, os participantes foram percebendo progressivamente que a fidelidade à tradição da Companhia não se pode confundir com a simples reprodução dos modelos do passado. Exige uma capacidade constante de reler as experiências, discernir as novas necessidades e adaptar os percursos formativos às realidades do mundo contemporâneo, sem perder de vista aquilo que constitui o núcleo da identidade jesuíta. Homens disponíveis para a missão As reflexões incidiram, nomeadamente, sobre a colaboração entre as casas de formação, a preparação e o acompanhamento dos formadores, bem como sobre as condições necessárias ao bem-estar humano e espiritual dos Jesuítas em formação. Estes diferentes aspetos recordam que a formação não se reduz à aquisição de conhecimentos nem à sucessão de etapas institucionais. Envolve a pessoa na sua totalidade e exige um acompanhamento atento, capaz de integrar as dimensões humana, espiritual, intelectual e apostólica. Com efeito, formar um Jesuíta é preparar um homem para se colocar à disposição da missão, mas também proporcionar-lhe os meios para viver essa disponibilidade com liberdade interior, maturidade e discernimento. Fazer memória A Assembleia foi também ocasião para fazer memória do Padre Fratern Masawe, SJ, antigo Assistente ad providentiam e Conselheiro Geral, falecido em Roma a 19 de outubro de 2026, e para confiar a sua alma à misericórdia de Deus. Este momento de recolhimento permitiu igualmente recordar que a missão de Cristo continua para além das pessoas e das responsabilidades individuais, sendo sustentada por uma história comum e pelo testemunho daqueles que a serviram. Os Superiores Maiores encontraram-se ainda com os Jesuítas e os colaboradores da Conferência, na Africama House, dando assim espaço ao encontro fraterno e à partilha sobre o trabalho desenvolvido ao serviço da Conferência. O encontro de Nairobi voltou, assim, a colocar no centro das preocupações da JCAM o grande desafio que representa a formação dos Nossos. Trata-se de formar homens capazes de compreender o seu tempo, de se deixarem interpelar pelos sofrimentos do mundo e de lhes responder com a liberdade e a criatividade que o Evangelho exige. É um trabalho de longo prazo, cujos frutos serão avaliados menos pelos discursos do que pela qualidade humana, espiritual e apostólica dos homens que serão enviados em missão.
Former aujourd’hui les jésuites de demain
Réunis à Nairobi, au Kenya, pour la 73ᵉ Assemblée plénière de la Conférence des jésuites d’Afrique et de Madagascar (JCAM), les Supérieurs majeurs ont consacré cinq jours de prière, de réflexion et d’échanges à l’avenir de la formation jésuite. Au cœur des discussions : les défis de la préparation et de l’accompagnement des futurs jésuites, afin de former des hommes capables de répondre, avec discernement et créativité, aux exigences de la mission dans un monde en mutation. Camille Mukoso, SJ Le monde change, et avec lui les réalités auxquelles la Compagnie de Jésus est appelée à répondre. Les transformations sociales, culturelles, technologiques et ecclésiales invitent à repenser les manières de préparer ceux qui porteront demain la mission de l’Église et de la Compagnie. C’est dans cette perspective que s’est tenue, à Nairobi, au Kenya, la 73e Assemblée plénière de la Conférence des jésuites d’Afrique et de Madagascar (JCAM). Pendant cinq jours, les Supérieurs majeurs des différentes Provinces du continent et de la grande île ont pris le temps de prier, de réfléchir et d’échanger sur les orientations à donner à la formation des futurs jésuites. Au fil des discussions, les participants se sont progressivement rendu compte que la fidélité à la tradition de la Compagnie ne saurait se confondre avec la simple reproduction des modèles du passé. Elle suppose une capacité constante à relire les expériences, à discerner les besoins nouveaux et à adapter les parcours de formation aux réalités du monde contemporain, sans perdre de vue ce qui constitue le cœur de l’identité jésuite. Des hommes disponibles pour la mission Les échanges ont notamment porté sur la collaboration entre les maisons de formation, la préparation et l’accompagnement des formateurs, ainsi que sur les conditions nécessaires au bien-être humain et spirituel des jésuites en formation. Ces différents aspects rappellent que la formation ne se réduit ni à l’acquisition de connaissances ni à la succession d’étapes institutionnelles. Elle engage toute la personne et demande un accompagnement attentif, capable de tenir ensemble les dimensions humaine, spirituelle, intellectuelle et apostolique. Le fait est que former un jésuite, c’est préparer un homme à se rendre disponible pour la mission, mais aussi lui donner les moyens de vivre cette disponibilité dans la liberté intérieure, la maturité et le discernement. Faire mémoire L’Assemblée a également été l’occasion de faire mémoire du Père Fratern Masawe, SJ, ancien Assistant ad providentiam et Conseiller général, décédé à Rome le 19 octobre 2026, et de confier son âme à la miséricorde de Dieu. Ce temps de recueillement a aussi permis de rappeler que la mission du Christ se poursuit au-delà des personnes et des responsabilités individuelles et est portée par une histoire commune et par le témoignage de ceux qui l’ont servie. Les Supérieurs majeurs ont, par ailleurs, rencontré les jésuites et les collaborateurs de la Conférence, à Africama House, donnant ainsi une place à la rencontre fraternelle et au partage autour du travail accompli au service de la Conférence. La rencontre de Nairobi aura ainsi remis au centre des préoccupations de la JCAM le grand chantier que représente la formation des Nôtres. Il s’agit de former des hommes capables de comprendre leur temps, de se laisser interpeller par les souffrances du monde et d’y répondre avec la liberté et la créativité que demande l’Évangile. Un travail de longue haleine, dont les fruits se mesureront moins aux discours qu’à la qualité humaine, spirituelle et apostolique des hommes qui seront envoyés en mission.
La Pastorale des jeunes en marche : Pèlerins d’espérance pour discerner, servir et être envoyés
Le dimanche 25 octobre 2026, la chapelle Saint-Pierre-Claver s’est faite le berceau d’une ferveur renouvelée à l’occasion de la messe d’ouverture des activités pastorales au sein de la Province d’Afrique Centrale (ACE). La célébration a été présidée par le Père Jules Kiangala, SJ, coordonnateur de la pastorale des jeunes de l’ACE, entouré du Père Robert Gbedolo, SJ, et assisté par le diacre Camille Mukoso, SJ. Dans une ambiance empreinte de communion, l’autel a rassemblé une jeunesse ardente composée du réseau MEJ- MAGIS venue des paroisses Sainte-Marie de Kimwenza, Saint-Pierre-Claver de Kindele, Sacré-Cœur de Gombe, Saint-Éloi ainsi que de l’Université Catholique du Congo. Au fil de la liturgie de la Parole, le Père Jules Kiangala a livré une homélie aux accents profondément ignatiens, invitant chaque jeune à chercher et trouver Dieu en toutes choses, au-delà des simples activismes paroissiaux : Un cœur ancré dans la Consolation et l’Oraison : Aimer Dieu, c’est refuser de se laisser engloutir par le bruit ou la seule agitation des œuvres. Le Père Jules a convié les jeunes à un magis intérieur : réserver chaque jour 5 à 10 minutes d’oraison intime avec l’Évangile, loin des écrans et des distractions de ce monde, pour laisser le Christ habiter le centre de leur vie à l’instar de saint Carlo Acutis. La Cura Personalis et la Fraternité incarnée : S’inspirant de la « petite voie » de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, il a rappelé que l’amour du prochain se joue dans le quotidien le plus humble : accueillir celui qui est exclu, respecter l’altérité et bannir les paroles qui blessent, au sein des communautés aussi bien réelles que virtuelles (les réseaux sociaux). Le Discernement et le Courage du Bien : Évoquant le témoignage héroïque du bienheureux Floribert Bwana Chui, l’homélie a résonné comme un appel à la liberté intérieure et à l’intégrité face aux tentations de la corruption et de la facilité académique ou sociale. La foi ignatienne est une foi engagée qui sait dire la vérité, même lorsque cela exige un coût personnel. Pour orienter leurs pas, trois résolutions concrètes ont été scellées pour cette année pastorale : Prolongeant la grâce de la table eucharistique, un verre de fraternité et une animation vibrante ont témoigné de la vitalité joyeuse de cette jeunesse déterminée à « voir toutes choses nouvelles en Christ ». Lors de la rencontre d’orientation qui a suivi autour du père Jules Kiangala, les responsables de groupes ont reçu les directives pour mener à bien cette année placée sous le thème : « Pèlerins d’espérance : marcher avec le Christ, discerner, servir et être envoyés » Ainsi s’ouvre une trajectoire pleine de grâce, portée par une vision claire et audacieuse : « Former une génération de jeunes enracinés dans l’eucharistie, inspirés par la spiritualité ignatienne et engagés dans la transformation de l’Église et de la société en République démocratique du Congo et en Angola ». Puisse cette année pastorale ne pas être une simple attente, mais le temps béni où la jeunesse d’Afrique Centrale se lève, discerne et enflamme le monde de l’amour du Christ. Landry Kuma-Kuma Mousa, SJ
Trinta anos depois, a voz de D. Christophe Munzihirwa continua a ecoar
Por ocasião do centenário do seu nascimento e do trigésimo aniversário do seu martírio, o Centro Arrupe para a Investigação e Formação (CARF), a Universidade Loyola do Congo (ULC) e as Redes D. Munzihirwa organizam, de 29 a 31 de outubro de 2026, em Lubumbashi, a terceira edição do Simpósio Internacional D. Christophe Munzihirwa, SJ. Sob o tema do papel do seu legado na procura da paz na República Democrática do Congo, este encontro convida a redescobrir o percurso de um pastor que fez da defesa dos mais vulneráveis uma exigência da sua missão. A 29 de outubro de 1996, D. Christophe Munzihirwa, SJ, arcebispo de Bukavu, foi assassinado enquanto permanecia junto do seu povo, no coração da violência que assolava o leste da República Democrática do Congo. Tinha denunciado a invasão do seu país, alertado para o sofrimento das populações e recusado calar-se perante a instrumentalização da violência na região dos Grandes Lagos. Trinta anos depois, a sua voz continua a ecoar. Não apenas por ter sido uma figura marcante da Igreja no Congo, mas também porque o seu percurso coloca uma questão sempre atual: o que significa ser pastor quando a população está ameaçada, as instituições têm dificuldade em protegê-la e a violência parece impor-se como uma fatalidade? É em torno desta questão que se realiza, de 29 a 31 de outubro de 2026, no Centro Arrupe para a Investigação e Formação (CARF), em Lubumbashi, a terceira edição do Simpósio Internacional D. Christophe Munzihirwa, SJ. Esta edição reveste-se de um significado particular: insere-se nas comemorações do centenário do seu nascimento (1926-2026) e do trigésimo aniversário do seu assassinato (1996-2026). Organizado pelo CARF, em colaboração com a Universidade Loyola do Congo e as Redes D. Munzihirwa, sob o alto patrocínio da Província da África Central da Companhia de Jesus (ACE) e da Arquidiocese de Lubumbashi, o encontro tem como tema: «D. Christophe Munzihirwa, SJ, e os desafios da paz na RDC: que contributos para o Pacto Social para a convivência?» Um percurso marcado pela proximidade aos mais vulneráveis Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo nasceu em 1926, em Lukumbo, na paróquia de Burhale, no Kivu do Sul. Na língua shi, o seu nome, Munzihirwa, significa «aquele para quem se canta ou dança», enquanto Mwene Ngabo se traduz por «filho do povo» ou «homem do povo». Desde cedo atraído pela vocação sacerdotal, iniciou a sua formação no seminário menor de Mugeri, antes de prosseguir os estudos de Filosofia e Teologia nos seminários maiores de Nyakibanda e Moba (Baudouinville). Foi ordenado sacerdote diocesano em 1958. Cinco anos mais tarde, em 1963, entrou na Companhia de Jesus. Pronunciou os primeiros votos a 8 de setembro de 1965 e, posteriormente, prosseguiu estudos em Ciências Sociais. O seu percurso levou-o a assumir várias responsabilidades na Igreja e na Companhia. Depois de exercer o cargo de Superior Provincial dos Jesuítas da África Central (1980-1986), foi nomeado bispo coadjutor de Kasongo. A sua ordenação episcopal teve lugar em Roma, a 9 de novembro de 1986. Assumiu a direção da diocese em 1990. A 15 de setembro de 1993, foi nomeado administrador apostólico de Bukavu, antes de se tornar arcebispo em 1995. Estas funções, porém, não o afastaram daqueles que viviam na precariedade. Pelo contrário, fez da proximidade a essas pessoas uma dimensão essencial do seu compromisso. A simplicidade de vida é disso testemunho: mesmo depois de se tornar arcebispo, manteve-se fiel a uma sobriedade radical, em consonância com o espírito de pobreza a que se comprometera como jesuíta. Esta simplicidade não era apenas uma disposição pessoal. Traduzia uma forma de conceber a autoridade: não como uma proteção que permite manter distância do sofrimento, mas como uma responsabilidade que exige partilhá-lo e procurar responder-lhe. Um homem da Igreja que se recusa a guardar silêncio A coragem de D. Munzihirwa manifestou-se muito antes do seu episcopado. Em junho de 1971, na sequência de importantes manifestações estudantis em Lovanium, em Kinshasa, o regime de Mobutu decidiu encerrar temporariamente a universidade e incorporar à força os estudantes no exército zairense. Christophe Munzihirwa, então sacerdote jesuíta e vigário da paróquia universitária, escolheu partilhar a sorte dos estudantes que estavam ao seu cuidado, apresentando-se também para o recrutamento militar. Este gesto de solidariedade já revelava uma convicção que marcaria toda a sua vida: um pastor não pode manter-se à margem das provações daqueles que lhe foram confiados. Mais tarde, como bispo de Kasongo, não hesitou em interpelar publicamente os militares pelos abusos cometidos contra a população. Perante responsáveis que poderiam fazê-lo pagar por essa tomada de posição, manteve a sua palavra e assumiu o risco do confronto. Recusou igualmente procurar o favor do regime de Mobutu Sese Seko quando isso implicasse silenciar as injustiças (cf. Friends of Ignatius: Christophe Munzihirwa). Esta liberdade de palavra levou a que fosse comparado a figuras proféticas da Igreja, nomeadamente a São Óscar Romero, arcebispo salvadorenho assassinado pelo seu compromisso em favor dos pobres e das vítimas da violência. No centro da tragédia dos Grandes Lagos, defender a vida Quando o genocídio ruandês eclodiu, em abril de 1994, Bukavu, cidade fronteiriça de que D. Munzihirwa era então administrador apostólico, acolheu milhares de pessoas que fugiam dos massacres, na sua maioria tutsis. Após o fim do genocídio, outros refugiados, nomeadamente hutus, atravessaram também a fronteira, alguns receando represálias. Num contexto em que as pertenças étnicas se tornavam linhas de fratura e a desconfiança alimentava a violência, Munzihirwa defendeu uma exigência difícil: denunciou a violência mortífera e apelou à proteção das populações civis e ao respeito pela vida, sem distinção de origem étnica. O seu compromisso não se limitava às intervenções públicas. Acompanhava as pessoas em sofrimento e mobilizava a comunidade para ajudar crianças, idosos e doentes a escapar aos perigos. Opôs-se também ao regresso forçado dos refugiados. Para ele, ninguém deveria ser obrigado a regressar a uma situação em que a sua vida estivesse gravemente ameaçada. Num contexto de ódio e represálias, manteve assim uma exigência evangélica: a caridade deve estender-se a todos. Nas suas intervenções, alertou as autoridades
Trente ans après, la voix de Mgr Christophe Munzihirwa résonne encore
À l’occasion du centenaire de sa naissance et du trentième anniversaire de son martyre, le Centre Arrupe pour la Recherche et la Formation (CARF), l’Université Loyola du Congo (ULC) et les Réseaux Mgr Munzihirwa organisent, du 29 au 31 octobre 2026, à Lubumbashi, la troisième édition du Symposium international Mgr Christophe Munzihirwa, SJ. Placée sous le thème du rôle de son héritage dans la recherche de la paix en République démocratique du Congo, cette rencontre invite à redécouvrir le parcours d’un pasteur qui a fait de la défense des plus vulnérables une exigence de sa mission. Le 29 octobre 1996, Mgr Christophe Munzihirwa, SJ, archevêque de Bukavu, était assassiné alors qu’il demeurait auprès de son peuple, au cœur des violences qui ravageaient l’est de la République démocratique du Congo. Il avait dénoncé l’invasion de son pays, alerté sur les souffrances des populations et refusé de se taire devant l’instrumentalisation de la violence dans la région des Grands Lacs. Trente ans plus tard, sa voix continue de résonner. Non seulement parce qu’il fut une figure marquante de l’Église au Congo, mais aussi parce que son parcours pose une question toujours actuelle : que signifie être pasteur lorsque la population est menacée, que les institutions peinent à la protéger et que la violence semble s’imposer comme une fatalité ? C’est autour de cette interrogation que se tient, du 29 au 31 octobre 2026, au Centre Arrupe pour la Recherche et la Formation (CARF), à Lubumbashi, la troisième édition du Symposium international Mgr Christophe Munzihirwa, SJ. Cette édition revêt une signification particulière : elle s’inscrit dans le cadre du centenaire de sa naissance (1926-2026), et du trentième anniversaire de son assassinat (1996-2026). Organisée par le CARF, en collaboration avec l’Université Loyola du Congo et les Réseaux Mgr Munzihirwa, sous le haut patronage de la Province d’Afrique Centrale de la Compagnie de Jésus (ACE) et de l’Archidiocèse de Lubumbashi, la rencontre porte sur le thème : « Mgr Christophe Munzihirwa, SJ, et les défis de la paix en RDC : quelles contributions au Pacte social pour le vivre-ensemble ? » Un parcours marqué par la proximité avec les plus vulnérables Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo naît en 1926 à Lukumbo, dans la paroisse de Burhale, au Sud-Kivu. En langue shi, son nom, Munzihirwa, signifie « celui pour qui l’on chante ou danse », tandis que Mwene Ngabo se traduit par « fils du peuple » ou « homme du peuple ». Très tôt attiré par la vocation sacerdotale, il commence sa formation au petit séminaire de Mugeri, avant de poursuivre ses études de philosophie et de théologie aux grands séminaires de Nyakibanda et de Moba (Baudouinville). Il est ordonné prêtre diocésain en 1958. Cinq ans plus tard, en 1963, il entre dans la Compagnie de Jésus. Il prononce ses premiers vœux le 8 septembre 1965 et entreprend ensuite des études en sciences sociales. Son parcours le conduit à exercer plusieurs responsabilités au sein de l’Église et de la Compagnie. Après avoir assumé la charge de supérieur provincial des jésuites d’Afrique centrale (1980-1986), il est nommé évêque coadjuteur de Kasongo. Son ordination a lieu à Rome le 9 novembre 1986. Il prend la tête du diocèse en 1990. Le 15 septembre 1993, il est nommé administrateur apostolique de Bukavu, avant d’en devenir archevêque en 1995. Ces fonctions ne l’éloignent pourtant pas de ceux qui vivent dans la précarité. Au contraire, il fait de leur proximité une dimension essentielle de son engagement. Sa simplicité de vie en témoigne : même devenu archevêque, il reste attaché à une sobriété radicale, fidèle à l’esprit de pauvreté auquel il s’est engagé comme jésuite. Cette simplicité n’est pas seulement une disposition personnelle. Elle traduit une manière de concevoir l’autorité : non comme une protection permettant de se tenir à distance des souffrances, mais comme une responsabilité qui engage à les partager et à y répondre. Un homme d’Église qui refuse le silence Le courage de Mgr Munzihirwa se manifeste bien avant son épiscopat. En juin 1971, après d’importantes manifestations estudiantines à Lovanium, à Kinshasa, le régime de Mobutu décide de fermer temporairement l’université et d’incorporer de force les étudiants dans l’armée zaïroise. Christophe Munzihirwa, alors prêtre jésuite et vicaire à la paroisse universitaire, choisit de partager le sort des étudiants dont il avait la charge, en se présentant lui aussi pour l’enrôlement. Ce geste de solidarité illustre déjà une conviction qui traversera toute sa vie : un pasteur ne peut se tenir à l’écart des épreuves de ceux qui lui sont confiés. Plus tard, comme évêque de Kasongo, il n’hésite pas à interpeller publiquement les militaires sur les abus commis contre la population. Face à des responsables susceptibles de lui faire payer cette prise de position, il maintient sa parole et assume le risque de l’affrontement. Il refuse également de rechercher la faveur du régime de Mobutu Sese Seko lorsque celle-ci exigerait de taire les injustices (cf. https://www.jesuits.org/stories/friends-of-ignatius-christophe-munzihirwa/ ). Cette liberté de parole lui vaut d’être rapproché de figures prophétiques de l’Église, notamment saint Oscar Romero, archevêque salvadorien assassiné pour son engagement en faveur des pauvres et des victimes de la violence. Au cœur de la tragédie des Grands Lacs, défendre la vie Lorsque le génocide rwandais éclate en avril 1994, Bukavu, ville frontalière dont Mgr Munzihirwa est alors administrateur apostolique, accueille des milliers de personnes fuyant les massacres, en majorité des Tutsi. Après la fin du génocide, d’autres réfugiés, notamment des Hutu, franchissent à leur tour la frontière, certains redoutant les représailles. Dans ce contexte où les appartenances ethniques deviennent des lignes de fracture et où la méfiance alimente les violences, Munzihirwa défend une exigence difficile : il dénonce la violence meurtrière et plaide pour la protection des populations civiles ainsi que le respect de la vie, sans distinction d’origine ethnique. Son engagement ne se limite pas aux prises de parole. Il accompagne les personnes en détresse ; il mobilise la communauté pour aider les enfants, les personnes âgées et les malades à échapper aux dangers. Il s’oppose également aux
INTERVIEW AVEC LE PROFESSEUR ADRIEN LENTIAMPA, SJ, NOUVEAU RECTEUR DE L’UNIVERSITÉ LOYOLA DU CONGO
Père Adrien Lentiampa, vous prenez aujourd’hui la responsabilité de l’Université Loyola du Congo à un moment charnière de son histoire, marqué par les acquis de la première décennie et par de nouvelles attentes pour l’avenir. Quelles priorités entendez-vous mettre en œuvre au cours de votre mandat afin de consolider les acquis et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour l’institution ? R/ Avant toute chose, je voudrais vous remercier pour l’occasion que vous m’accordez de m’exprimer sur ce canal. Vous avez raison de dire que je reprends la responsabilité de l’ULC à un moment charnière de son histoire. Nous fêtons, en effet, le dixième anniversaire de la création de l’ULC en tant qu’université. C’est donc l’occasion de rendre hommage aux compagnons qui ont œuvré à la mise en place des fondations de cette université. Je pense aux deux provinciaux qui ont eu l’audace de lancer l’université et d’accompagner ses premiers pas, en l’occurrence, les Pères José Minaku et Rigobert Kyungu. Je pense de même aux Pères Godé Bambi et Ferdinand Muhigirwa, les deux premiers recteurs de l’ULC. Mes pensées vont aussi à tous les compagnons qui, dans l’ombre, ont porté le poids de l’œuvre. Mais, dans notre Province, on ne saurait comprendre le sens d’avoir cette œuvre sans se plonger dans son histoire. Il est donc bon de rappeler que le projet d’une université jésuite dans l’ACE remonte déjà aux années 1980-1990. Tant dans les projets apostoliques que dans diverses congrégations provinciales et journées de province, la question de l’université jésuite au sein de l’ACE a toujours été un serpent de mer. L’ISAV a été un jalon important vers cette université, s’appuyant sur l’historique Institut de Philosophie Saint-Pierre-Canisius. La diversification des orientations dans la formation a ensuite permis d’avancer vers d’autres formations. Hommage donc à tous les provinciaux qui se sont succédé durant toutes ces années, portant discrètement dans leur cœur ce projet et plaçant, petit à petit, les pierres qui rendront possible la construction de l’édifice. Je me vois donc comme le successeur de ces compagnons. Ma priorité sera ainsi de consolider les fondations de cet édifice pour que d’autres compagnons qui viendront après nous puissent poursuivre la construction de l’œuvre. En langage architectural, je dirais que ma priorité est de poser la « chape de propreté » sur les fondations jetées par mes devanciers, afin de rendre possible la poursuite de la construction. Dans un monde marqué par les mutations technologiques, les crises éthiques, les inégalités sociales et les défis environnementaux, comment l’Université Loyola du Congo peut-elle former des femmes et des hommes compétents, mais aussi responsables, capables d’exercer un leadership au service du bien commun en République démocratique du Congo et en Afrique ? R/ La société congolaise, en 2026, fait face à des enjeux complexes qui orientent les attentes à l’égard de l’enseignement supérieur. La quête de paix et de sécurité demeure fondamentale dans un pays partiellement fragilisé par les conflits. Les questions d’équité et de justice sociale sont vives, notamment en matière de genre et d’inclusion : par exemple, seulement 16,8 % des femmes congolaises terminent le secondaire (contre ~33 % des hommes), ce qui illustre la nécessité de promouvoir l’accès des jeunes femmes à l’éducation. La pauvreté et le sous-emploi des jeunes exigent des formations davantage axées sur l’employabilité et l’entrepreneuriat. Quant au changement climatique, il revêt une importance particulière en RDC, qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde (67 % du territoire) : la déforestation et l’exploitation des ressources exercent une pression énorme sur l’environnement, aggravant les perturbations climatiques et menaçant la biodiversité. L’intelligence artificielle et d’autres innovations technologiques remodèlent notre compréhension du travail et des relations, et soulèvent même des questions sur l’identité humaine. Ces enjeux globaux se répercutent sur la mission de l’ULC : en tant qu’institution ancrée dans les valeurs jésuites, elle est appelée à former des leaders capables de contribuer à la paix, à la justice sociale et au développement durable de la RDC. Dans la perspective des Préférences Apostoliques Universelles de la Compagnie de Jésus, l’ULC doit devenir un lieu stratégique pour l’accompagnement de la jeunesse congolaise, l’aidant à prendre en charge son avenir tout en ayant conscience de sa responsabilité dans la promotion d’un monde plus juste et dans la sauvegarde de « notre maison commune ». Elle doit prendre à bras-le-corps la problématique de l’intelligence artificielle dans tous ses aspects et aider la société congolaise et africaine à prendre conscience des opportunités et des défis que nous pose cette innovation. L’ULC doit se projeter comme un catalyseur de changements positifs – un lieu d’innovation intellectuelle et éthique – qui contribue activement à résoudre les problèmes contemporains de la société congolaise. Cette vision actualisée insiste sur l’identité ignatienne de l’ULC (éducation intégrale de la personne, quête de la justice et du bien commun, « hommes et femmes pour les autres »), tout en affirmant l’objectif d’un impact concret : l’ULC doit ambitionner d’être un acteur clé du développement durable, solidaire et inclusif du pays. L’Université Loyola du Congo s’inscrit dans la tradition éducative de la Compagnie de Jésus, dont le magis constitue l’un de ses principes fondamentaux. Comment entendez-vous traduire concrètement cet idéal dans la gouvernance de l’Université, la qualité de l’enseignement, la recherche scientifique, l’accompagnement des étudiants et le service à la société, afin que l’excellence académique demeure inséparable de la formation humaine, éthique, spirituelle et citoyenne ? R/ La mission et la vision de l’ULC sont inspirées par quatre siècles d’excellence éducative jésuite. C’est pourquoi elle doit se mobiliser pour être pertinente au vingt-et-unième siècle : elle veut être un ferment de progrès pour le Congo, par la formation d’esprits éclairés et de cœurs solidaires. La mission fondamentale de l’Université Loyola du Congo peut donc se formuler en ces termes : « Offrir en RDC une formation universitaire de haute qualité, à la fois scientifique et humaine, afin de former des professionnels compétents, conscients de leurs responsabilités éthiques et animés par l’esprit de service. À travers l’enseignement, la recherche et l’engagement communautaire, l’ULC vise à répondre aux besoins