Kinshasa - RDC / Luanda - Angola
24/11/2020
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Lectures : 1 S 16, 1b. 6-7. 10-13a/Ps 22 (23) /Ep 5, 8-14/Jn 9, 1-41

Pour la première fois dans beaucoup de paroisses, l’antienne d’ouverture de ce 4e dimanche va paraître vide : « Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui portiez son deuil ! Ainsi vous serez nourris et rassasiés de l’abondance de sa joie ». Le contexte dans lequel nous célébrons ce dimanche n’inspire pas beaucoup à la joie, il y a la peur, pour beaucoup le spectre de la mort plane sur nos vies déjà si précaires. Il suffit de penser aux foules qui se meuvent chaque jour vers le grand marché de Kinshasa, à la quête des moyens de subsistance ponctuels. Elles sont contraintes soit de jouer à la roulette russe, espérant ne pas être infectées en cherchant le pain quotidien, soit de se calfeutrer dans leurs maisons, comme leur bonheur déjà confiné et vaincu dans le monde de l’illusion et de l’utopie. Un vrai dilemme cornélien ! Pourtant, les lectures, psaume compris, donnent des motifs de se réjouir. Le rose requis pour la célébration aujourd’hui est hautement symbolique, car la tristesse du violet reçoit une touche de l’éclat joyeux du blanc : la lumière de Pâques approche !

Sa fulgurance nous convie à l’espérance, au même moment que la première lecture qui nous parle de l’élection de David. Ce dernier est le plus jeune de ses frères, celui à qui on ne pense pas. Car devant les hommes, il n’a pas l’étoffe de roi, mais aux yeux de Dieu, il est le messie, l’oint de Dieu. Déjà, c’était curieux que le Seigneur, pour choisir un roi, eût tourné son regard vers Bethléem que le prophète Michée qualifie de « trop petite pour compter parmi les clans de Juda » (Mi 5,1). Il y a motif de joie à cause de cette conviction que Dieu n’oublie pas les petits, les simples, les David et les Bethléem de notre monde. C’est aussi la leçon de Pâques, qui se profile à l’horizon. Le Seigneur est le berger, dit le même David dans le Psaume que nous méditons ce dimanche ; le berger ne veille que sur des animaux faibles, face aux bêtes sauvages. Comment rester dans la peur quand le Seigneur prend ainsi soin de nous ? Aujourd’hui encore, il est le berger qui conduit nos vies. C’est à nous de nous confier à un berger si prévenant et sûr. Mais aussi, à nous de veiller aux autres en respectant les mesures contre ce virus qui peut être mortel.

L’Évangile tombe à propos, cadre avec ce temps de pandémie ; il parle de guérison d’un aveugle-né. Triste sort pour cette personne, surtout si l’on sait que dans la tradition juive une telle infirmité serait à lier au péché. D’où l’interrogation des disciples : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » (Jn 9, 2). C’est la question que d’aucuns se posent ces jours-ci, autrement certes. Sera-ce la fin du monde ? Serait-ce le cosmos qui, tel un grand organisme, remettrait les pendules à l’heure, en éliminant un surplus d’humanité, en créant la limitation de la pollution ? Serait-ce un virus fabriqué dans le but de nuire ou par appât de gain ? La réponse de Jésus ne se fait pas attendre : « Ni lui ni ses parents. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! » (Jn 9, 3). Se manifester n’est-ce pas venir à la lumière, briller des mille feux ? Non plus nos œuvres, mais celles de Dieu. La peur, quoiqu’elle puisse donner l’impression de donner naissance à la confiance, cache en réalité les œuvres de Dieu, en particulier son amour et sa miséricorde. Elle indique que nous nous soucions davantage de nous-mêmes que de Dieu. Sentiment naturel et humain, mais surtout sentiment égoïste. Je ne lis que peur sur les réseaux sociaux qui masquent les œuvres de Dieu dans notre monde, les signes d’espérance. Le Laetare est la célébration de l’espérance, il constitue les arrhes de la Pâques, nous rappelant qu’il y a mieux hors de nos tombeaux. La peur nous fait oublier la nécessité de sortir du tombeau et nous y renferme davantage, nous privant de tout motif de joie. Le Laetare rappelle cette joie que la peur ne peut donner. D’ailleurs, un des messages de Pâques est : « N’ayez pas peur » (Mc 16, 6) ou « la paix soit avec vous » (Lc 24, 36).

Jésus rencontre l’aveugle-né en sortant du Temple, alors il venait d’échapper à une lapidation après une controverse houleuse avec les Juifs. L’adversité ne l’empêche pas de faire encore le bien. Il représente toujours l’Église en sortie, comme le dit le Pape François. Cette église prête à quitter le confort des cathédrales, du temple de pierre pour aller à la rencontre du temple de l’Esprit qu’est chaque être humain. Sommes-nous prêts pour créer d’autres espaces de rencontre entre l’homme et Dieu mais aussi entre nous ? Maintenant que le covid-19 nous a contraints à fermer nos Églises, n’est-ce pas un signe pour que nous fassions nous-mêmes un tour à la piscine de Siloé pour guérir de nos aveuglements ? Pour guérir le « pharisien » et le « juif » qui sont en nous, fermés au renouveau et au changement, pour guérir nos yeux fermés sur les signes d’espérance dans notre monde ?

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